Hunky Dory est pour moi un disque spécial à de nombreux égards. Une des pierres angulaires de ma discothèque :
- Mon premier disque de Bowie, devenu depuis un de mes artistes fétiches.
- Ma première rencontre, intimidante d'abord puis vite rassurante, avec un classique intemporel du rock, avant les Beatles, les Stones, Elvis, le Velvet.
- Le disque sur les partitions duquel j'ai commencé à apprendre la guitare, bien que beaucoup de chansons soient jouées au piano.
Cette découverte fondatrice a eu lieu il y a près 20 ans, 20 ans après la sortie du disque, et encore 20 ans plus tard Hunky Dory n'a a l'évidence rien perdu de sa consistance ni de sa pertinence. Je l'ai écouté en boucle, j'ai cru en explorer le moindre de ses recoins mais aujourd'hui encore chaque nouvelle écoute me révèle des détails auxquels je n'avais pas suffisamment prêté attention.
Assez éloigné musicalement des deux albums qui l'entourent dans la discographie de Bowie, à savoir
The Man Who Sold The World et
Ziggy Stardust, bien plus agressifs et outrés, Hunky Dory est avant tout un disque ravissant rempli de magnifiques chansons pop, aux mélodies sophistiquées et accrocheuses et aux arrangements fastueux (piano, cordes, cuivres).
C'est beau, ensorcelant, facile à apprécier, agréable à l'oreille, remarquablement travaillé et inspiré.
Les quatre premières chansons s'appuient essentiellement sur un délicieux piano alerte, ainsi que sur la voix inimitable de Bowie. Parmi elles, le tube 'Changes' et son fameux refrain 'Ch-ch-ch-ch changes', le superbement enlevé 'Oh You Pretty Things' et ce que je considère comme une des plus étourdissantes chansons pop de tout les temps, la merveilleuse 'Life On Mars', dont je ne me lasserai je crois jamais.
La sémillante chanson écrite pour son fils Zowie, 'Kooks' est touchante et réjouissante. 'Kooks' et le primesautier 'Fill Your Heart' s'apparentent à des plaisirs coupables, des gourmandises dont on se délecte avec un peu de mauvaise conscience, légères et collantes, aux mélodies et arrangements qu'on aimerait débiner et trouver un peu faciles sinon racoleurs mais qui en fait nous remplissent systématiquement de joie et d'allégresse.
Chacune des deux faces se termine par un morceau plus tourmenté et surprenant, les magistraux Quicksand et The Bewlay Brothers, dont l'instrumentation et la tonalité générale rappellent beaucoup les longues compositions qu'on peut trouver sur
Space Oddity.
Une bonne partie de la deuxième face remise les claviers pour faire la part belle aux guitares et aux hommages de Bowie aux artistes qui l'ont marqué. Andy Warhol, Song For Bob Dylan, les noms parlent d'eux-mêmes tandis que Queen Bitch puise son inspiration chez le Velvet de Lou Reed, et constitue une transition idéale vers le son plus musclé de Ziggy Stardust.
Touche à tout de génie très bien entouré, fan avisé de musique à l'affût des nouvelles (et futures) tendances, compositeur au sommet de son art, David Bowie digère à merveille ses influences pour proposer avec Hunky Dory un de ses premiers chefs d'oeuvre absolu, un des plus accessibles, qui demeure l'un des points culminants de cette période faste qui le verra enchaîner les disques exceptionnels tout au long des années 70.