De ce "Wuthering Heights", je garde un style oral qui le dessert considérablement. A y regarder de près, le lecteur s'aperçoit qu'il y a beaucoup trop de dialogues dans ce récit, ce qui permet de le suivre rapidement.
La narration, quant à elle, reste très habile dans les techniques. Des récits s'enchevêtrent constamment, et un jeu sur les analepses est entretenu avec un réel talent. Là-dessus, aucune lourdeur, aucune fioriture.
Pour la description de la lande, je trouve cela timide ; nous sommes loin du doigté pictural d'Ann Radcliffe qui nous offrait une réelle poésie des landes avec "Le Mystère du château d'Udolphe".
Il s'agit aussi d'un romantisme noir tempéré ; raison pour laquelle je place plutôt ce roman dans le drame romantique.
L'atavisme est présent, mais il manque une réelle force subversive - suggérée, certes, à la Henry James. Nous sommes loin des transgressions éclatées d'un Matthew Gregory Lewis, par exemple, même si le "gothic vilain" est présent en la figure complexe et immortelle de Heathcliff, fougueux et ténébreux.
L'exploration de la mort est substituée ici à une recherche de transcendance temporelle hélas pas assez cultivée (au début et à la fin) pour en donner une puissance narrative.
Il s'agit, pour finir, d'un récit qui accuse d'une esthétique de la narration dramatique (au sens "d'action", de jeu théâtral) plutôt que d'un récit authentiquement écrit.