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Et un de plus ! Après Limp Bizkit, Papa Roach et autres avatars neometal, voici venu Linkin Park, nouveau produit made in MTV. S'inspirant ouvertement d'illustres prédécesseurs, tels que les Deftones ou Limp Bizkit, ce groupe nous livre un opus de bonne qualité mais malheureusement dénué de toute originalité. On retrouve tous les ingrédients qui ont fait le succès de ce style, mais avec un arrière-goût de déjà-vu : un chanteur formaté "neometal" criant son mal de vivre, un DJ hip-hop pour faire comme les autres… bref, tout dans ce disque laisse à penser qu'on a voulu attirer les néophytes (compos très mélodiques, discours politiquement correct…) quitte à sacrifier l'originalité et la qualité. On ne peut que le regretter car, malgré tout, les morceaux tournent bien, les mélodies sont accrocheuses et le tout bénéficie d'une très bonne production.
L'œuvre laisse donc comme un goût d'inachevé tant on se dit que le résultat aurait pu être bien meilleur. Voilà donc un disque très facile d'accès, qui plaira davantage aux amateurs de rock énergique qu'aux vrais amateurs de metal, une œuvre plus easy-listening que heavy, bref le parfait exemple d'un style pourri par le business et qui n'arrive plus à se renouveler. --Fabrice Tayot
Critique
Quand sort
Hybrid Theory en octobre 2000, le néo-metal est au sommet de sa popularité : les groupes ayant préparé le terrain (Deftones, Korn, Limp Bizkit, Soulfly, Sugar Ray, Incubus, etc.) parcourent le monde et vendent leurs disques par cargos, suivis par une bruyante nuée de geignards gémissants et vagissants (Crazy Town, Drowning Pool, Staind, Papa Roach, etc.). C’est dans ce contexte favorable que Linkin Park sort son premier album, intitulé d’un des précédents noms de la formation. De fait, le groupe sera, de la très diverse « scène » néo-metal,
LE plus grand succès commercial. Un succès logique, tant les compositions sont accrocheuses, qui combinent la mélodie à une agressivité
tempérée : le son du groupe est très « FM », avec sa production léchée et ses morceaux succincts (entre 2mn30 et 3mn30). Reprenant la recette du néo-metal, Linkin Park pratique le mélange des genres : guitares lourdes, alternances du chant (le groupe a deux chanteurs : un rappeur, Mike Shinoda, et un chanteur/crieur, Chester Bennington), métissage d’élémentsmetal, electro et rap. Le tout mâtiné d’une sensibilité pop accusée, à la structure on ne peut plus classique (couplet-refrain-couplet). Bien sûr, la musique et les textes sont truffés de clichés (les jérémiades nombrilistes, braillées sur fond de guitare
modérément saturées, étant la norme du néo-metal américain) et bien sûr tout cela est essentiellement un recyclage d’idées déjà développées par d’autres auparavant. Pourtant,
Hybrid Theory a quelque chose de séduisant. D’une séduction vulgaire, pourrait-on dire, facile et qui ne requiert aucun effort de l’auditeur. Certes, mais ces douze titres se laissent écouter, parfois avec un certain plaisir – et s’il n’y a rien là de très profond, rien qui hante et trouble, ce disque est pourtant une chouette – et opportune – réussite pop rock : les radios ne s’y sont pas trompées. Car au fond, sans doute faut-il considérer le sextet californien tel qu’il est : un groupe de pop à alibi metal, tout comme ce que sont Green Day ou blink-182 au punk. En définitive, Linkin Park est un groupe représentatif de son époque : simple car immédiat, inoffensif et efficace. Warner peut donc se frotter les mains : en 2006,
Hybrid Theory s’était déjà vendu à 24 millions d’exemplaires et les nombreuses publications (DVD, éditions limitées, albums de remixes) raviront à chaque fois des fans conquis et une maison d’édition satisfaite de sa poule aux œufs d’or.
Mikaël Faujour - Copyright 2012 Music Story