Hymn to the Immortal Wind est mon album préféré de Mono (avec Palmless Prayer mais qui a un statut particulier puisqu'ils sont en collaboration dessus). Étant le dernier sorti, il paraît normal qu'il soit le plus abouti. Mono est un grand groupe. Mais il est toujours difficile quand on parle d'eux de ne pas citer ceux qui ont (presque) inventé le genre sur lequel ils naviguent : GY!BE. Les membres de Mono doivent être fatigués qu'on les ramène toujours à ces sources, mais soyons clairs, c'est vraiment de là qu'ils sont partis, et leurs premiers opus ressemblent vraiment à des pastiches.
Ce qui est intéressant, c'est qu'à partir de ce tremplin qui n'est pas à eux, Mono s'élance et réussit à voler à sa propre façon : si elle fut parfois claudicante ou maladroite, il faut constater qu'elle s'affirme au fur et à mesure. Sur Hymn, les compositions prennent une teinte, une consistance qu'elles n'avaient pas, me semble-t-il, avant. Et un aspect 'fini' qui doit certainement beaucoup à Steve Albini. Il peut paraître déplacé de parler de l'aspect 'fini' d'un disque, sur lequel un groupe passe généralement des semaines, voire des mois, mais soulignons-le tout de même dans le cas de Mono, puisque de nombreux avis regrettent justement que les albums peinent à retranscrire ce qu'est leur musique en live. Et effectivement, les prestations live de Mono sont régulièrement un cran au-dessus des albums. Je veux dire un cran VRAIMENT au-dessus. Du coup : pourquoi acheter leurs disques ?
Leurs morceaux éphémères et fragiles en concert, et pourtant surpuissants, perdaient souvent à être gravés définitivement dans des sillons. Il me semble que c'est différent pour Hymn. Je crois que c'est pour beaucoup redevable à l'ensemble (presque) philharmonique qui est venu jouer dessus : les parties de cordes sont vraiment somptueuses, et contrastent avec les arpèges acérés et les envolées saturées des guitares. Là encore, cette formule fait très GY!BE, mais Mono la sublime à sa manière. Par ce côté cinématographique que je ne développe pas tant il a été souligné par d'autres et de belle façon, mais je la constate simplement à mon tour : la capacité de Mono à éveiller en vous des images, et du mouvement.
Après l'ouverture magistrale (je pèse le mot) d'un Ashes in the Snow, c'est Burial At Sea qui vous cueille, de l'avis de beaucoup l'un des meilleurs morceaux de Mono tous albums confondus. Après ça, difficile de croire qu'on pourra faire mieux. Et le reste ne fait pas mieux, ce qui fait la force et la faiblesse de l'album : je veux dire que Hymn vous balance une telle claque d'entrée que vous êtes à la fois bouche bée et avide, en attente. Le moment qui va passer au dessus de Burial ne vient pas. A la place, c'est Silent Flight, Sleeping Dawn qui vous fait redescendre en douceur, mouvement classique dominé par le piano et les violons/violoncelles, qui vient offrir un répit après l'ouverture en fanfare, comme aurait pu le faire un groupe comme Silver Mt Zion. On ne pouvait plus monter alors on apaise, et on reste en suspens. Je trouve pour ma part cet enchaînement brillant, génial.
Pure As Snow repart lentement sur un arpège pour une longue chevauchée de 12 mn ou presque dans la neige, portée par la batterie - autre élément qui démarque Mono de GY!BE, et participe grandement à son identité. Peu à peu le thème se dessine et il est ici envoutant, d'une beauté à la fois musicale et cinématographique, tout en montée. Il explose enfin aux 2/3 du morceau. Superbe. Du chaos final déboule Follow the Map, un aparté, une clairière au milieu de la forêt, aux accents médiévaux. Les deux derniers morceaux offrent le contre-point aux 2 premiers, et s'ils tablent sur les même ingrédients, ils sonnent différemment. Peut-être plus épiques, surtout ce The Battle to Heaven, en crescendo jusqu'au calme médian, et repartant à nouveau. Je crois que ce morceau est grandiose. Je dis 'je crois' parce qu'arrivé à ce moment du disque, on ne s'en rend plus bien compte.
D'une cohérence remarquable, cet album se clôt avec Everlasting Light, qui réussit ce paradoxe : tout en n'étant pas meilleur que les autres (pour moi moins inspiré), ce morceau arrive à sublimer le tout, fermer la parenthèse.
Il y a un moment que je voulais laisser quelques mots sur Hymn. Si vous aimez GY!BE, Silver Mt Zion, iLiKETRAiNS, Explosions in the Sky, vous êtes a priori les oreilles qu'il faut pour cet album, mais aussi celles qui doivent déjà le connaître. Pour les autres, offrez-vous le voyage. From Japan.