Antony , c'est le petit gros du fond de la classe auquel personne ne faisait attention, sauf quand la maîtresse l'interrogeait et qu'il répondait avec sa drôle de voix de fausset. Quelques uns remarquaient pourtant que depuis que Culture Club avait sorti son premier album, le petit Antony était devenu franchement bizarre, s'habillant en fille les dimanches et rêvant longuement dans sa chambre ... pas étonnant que le premier à l'accueillir ait été l'ésotériste David Tibet (Current 93), sur son label « Durtro », pour un premier album éponyme qui planait déjà au-dessus des autres. Aujourd'hui, Antony revient et il est devenu un oiseau.
Drôle d'oiseau quand même, à la fois corbeau dans ses évocations de l'amour déçu, de la mélancolie ou de la mort, et Phénix par sa capacité à renaître de tant de petites morts, de tant de déceptions que l'on devine dans le chevrotement profondément émouvant de sa voix androgyne. S'accompagnant sobrement au piano, Antony donne envie de pleurer et de sourire à la fois. Soutenu ici et là par des Johnsons mystérieux ou célèbres, par des cordes fragiles, par des guitares maigrelettes, Antony invite justement son idole d'enfance, le trublion déchu Boy George, à pousser d'étonnantes vocalises sur le troublant « You Are My Sister », tandis que Rufus Wainwright, épouse cet univers unique (à la fois noir et blanc) sur le définitif « What Can I Do ? » (une méditation languide sur la mort), que Devendra Banhart participe à « Spiraling » et que Lou Reed en personne, le « transformer » d'un autre temps, vient réciter un poème en s'accompagnant à la guitare (il y produit un solo qui, autrefois, aurait fait gratter des pages et des pages au fameux Lester Bangs) sur le tube underground « Fistful of Love », superbe. Malgré ces invités étonnants, Antony garde une emprise totale sur ce disque magnifique, toujours juste, chancelant mais ne tombant jamais. Antony est un oiseau maintenant : il est posé en équilibre sur un fil tendu ... regardez-le, écoutez-le, il va bien bientôt s'envoler !
PS-1 : Un Ep contenant deux titres inédits (+ « Fistful of Love ») : « The Lake », une adaptation d'un poème d'Edgar Poe avec un accompagnement superbe au violoncelle et au piano, et « The Horror Has Gone ».
PS-2 : Antony & The Johnsons viennent de remporter le prestigieux Mercury Prize 2005 pour ceet album, battant au passage des nominés comme Bloc Party, KT Tunstall, Maximö Park ...