Les pourtant excellentissimes Electric Soft Parade n'ayant jamais (à part brièvement au moment de la sortie de leur tout premier album en 2002) intéressé le public rock (et cela reste d'ailleurs un mystère tellement leurs disques sont formidables), on se demande bien qui va aujourd'hui porter la moindre minuscule attention à la sortie du premier album solo du leader des dits Electric Soft Parade, Mister Thomas White. Pas grand monde on s'en doute...
Et c'est bien dommage parce que Thomas White prouve ici encore une fois quel grand compositeur de chansons il est, que ce soit dans le domaine des petites ritournelles folk (« Is it wrong to lose faith in the person you used to love ? », « Starry nite #2 ») ou dans celui des grands morceaux pop psychédéliques qui ont toujours constitué, si ce n'est la renommée et la fortune, du moins la force de son groupe (le surprenant single « The runaround » - du Dandy Warhols britpop ! -, le splendide « The silence stops tonight » qui monte tout du long en crescendo).
Pour autant, ce « I dream of Black » n'est en rien un album d'Electric Soft Parade qui ne dirait pas son nom. On le sait depuis « The american adventure », l'exceptionnel deuxième album du groupe, Alex, le frère de Thomas qui co-compose la plupart des chansons d'ESP avec lui, est l'élément pop du duo, tandis que Thomas est l'élément expérimental. Privé de son élément pop, cet album solo de Thomas White est donc logiquement plus expérimental. En témoignent notamment le gros tiers de morceaux instrumentaux qui peuplent cet album. Et là on pense un peu à Todd Rundgren. Après avoir (selon lui) épuisé toutes les possibilités de la pop avec ses albums du début des années 70, le génial Todd s'était en effet soudain mis, à partir de 1974, à parsemer ses disques (les siens propres et ceux de son horrible groupe progressif Utopia) de morceaux instrumentaux souvent intrigants à défaut d'être géniaux, morceaux avec lesquels il s'amusait globalement à tester toutes les possibilités qu'offrait un studio d'enregistrement à l'époque.
Et c'est justement là aussi l'impression qui domine lorsque l'on entend les instrumentaux de cet album : Thomas White semble lui aussi tester, quasi en direct, les possibilités de son (mini) studio. Le problème, exactement comme dans le cas de Todd Rungren, c'est que même si ces morceaux ne sont pas inintéressants, loin de là, c'est quand même en compositeur pop qu'il est le plus génial. D'où cette impression un tout petit peu mitigée lorsqu'il s'agit de dresser le bilan de cet album : « I dream of black » est un album souvent plus intrigant et impressionnant que réellement jouissif. Cela dit, les (quelques) vraies chansons que Thomas nous lâche ici sont suffisamment excellentes pour que les (quelques) fans d'Electric Soft Parade souhaitent se précipiter dessus. Vivement le prochain disque du groupe quand même...