Au risque de navrer Will Oldham dans sa démarche intellectuelle, d’une accumulation quasi névrotique de pseudonymes, force est de constater que
I See a Darkness, deuxième album paru sous l’étiquette de Bonnie « Prince » Billy, ne contraste pas franchement avec les productions antérieures du garçon du Kentucky.
L’acidité, voire la rudesse (peut-être héritées de séjours prolongés dans des contrées inhospitalières, telles les Appalaches), règnent toujours en maîtresses, dans des histoires sombres, et funestes. L’orchestration campe également dans ses brisées usuelles (même si l’on peut relever ici ou là quelques influences de la culture celte), donc dans le plus parfait dénuement d’une solitude acoustique, d’instruments en charge d’un maximum de sens avec un minimum d’effets, élevant le dégraissage et la paupérisation à la hauteur d’un style de vie. Quant au chant, il reste désolé et digne, tel le fleuron d’un pessimiste actif, sachant qu’il court à sa propre perte, mais néanmoins désireux de nous conter le monde, tel qu’il va (mal), plus comme acteur, que simple observateur.
De ce point de vue, Billy ne nous raconte pas l’enfer, il est en enfer. En fleurons du programme,
« Death To Everyone » et
« Nomadic Revery (All Around) », encadrent certainement l’une des plus belles compositions du monsieur, cet
I See a Darkness qui ira jusqu’à séduire Johnny Cash.
L’un des sommets de l’œuvre d’Oldham, et un album indispensable à la bonne compréhension de ce nouveau folklore américain.
Christian Larrède - Copyright 2012 Music Story