Une bourrasque endiablée a radicalement échevelé la pop anglaise lorsqu'est sorti
I Shoud Coco, premier album de Supergrass. Trois drôles à peine adultes venus d'Oxford, l'oeil vif et rigolard, qui sèment la zizanie en un éclair dans un paysage musical anglais qui ronronnait doucement, ça ne pouvait que faire des remous. Et pour cause. Dans
I Should Coco, Supergrass tabasse la britpop, la soumet à la question punk rock, la torture avec toute la fougue et l'ardeur juvénile de teenagers en pleine croissance. Histoire de môme chopé dans un bus avec de la dope ("Caught By The Fuzz"), hymne à la joie de vivre toute adolescente ("Alright"), guitares rosses ("Lenny"), voix à l'hélium et ricanements de gamins contents de leur sale vanne ("We're Not Supposed To"), batterie énervée rarement croisée depuis les Buzzcocks voire les Who,
I Should Coco maltraite la musique, tels des potaches un prof trop sérieux, bouscule les canons et brandit l'irrévérence pop. Avec la rigolade comme cause et conséquence de cette jouissive montée d'adrénaline.
--Anne-Claire Norot
C’est à peine sorti de l’adolescence que Supergrass délivre son premier album
I Should Coco. Si le trio s’est déjà produit dans quelques bars d’Oxford, il n’a pas encore l’expérience du métier et c’est peut-être ce qui fait sa force. Après avoir été repéré par Sam Williams, qui produira ce premier album, Supergrass signe sur le label Parlophone. A la première écoute, on ne peut qu’être séduit par la spontanéité dégagée par le groupe, sa fraîcheur adolescente, sur fond de rythmes éclectiques allant du punk-rock des Buzzcocks (influence revendiquée par le groupe lui-même) à la pop acidulée des Blur ou autres Small Faces. Le groupe fait même preuve d’une maturité musicale surprenante en donnant à quelques titres un côté psychédélique, jouant sur la profondeur plutôt que l’énergie débordante.
Résumer
I Should Coco à un simple hymne adolescent serait une erreur. Supergrass rassemble tous les ingrédients d’un rock efficace que ce soit dans le son, la qualité des compositions, ou la superbe complémentarité du chant principal de Gaz Coombes et de la voix du bassiste Mickey Quinn, toujours très aiguë et aérienne. Le disque s’ouvre par un titre très rock n’ roll
« I’d like to know » qui fait la synthèse des ingrédients du trio d’Oxford, le rythme est précipité, l’énergie débordante ce qui en fait un single potentiel, efficace et expéditif. Toute la première partie du disque est jouée à cent à l’heure dans la lignée de cette ouverture.
« Caught by the fuzz »,
« Mansize rooster » sont tout aussi imparables. Ensuite se glisse
« Alright » qui va permettre au groupe d’exploser sur la scène internationale, le titre passe sur toutes les radios rocks européennes et rentre même dans le top britannique avec un million d’exemplaires vendus dans le monde. Le titre est léger, festif, prêt à faire danser et donne un sens ironique au titre de l’album, être stupide ne signifiant pas exactement la même chose que d’être idiot.
« Lose It » fait figure de trait d’union pop-rock pour ouvrir le sensationnel
« Lenny », une petite perle dans l’esprit punk, où une introduction en rupture amorce la pression de ce titre instinctif. On y retrouve toute la cohésion du groupe, en particulier l’apport de Mickey Quinn qui livre ici une partie de basse aussi énervée que technique, et des back-vocals pointus et criards. Arrive ensuite peut-être le meilleur titre de ce disque,
« Strange Ones ». Déjà choisi en face B du simple
« Caught By The Fuzz » en octobre 1994, on y retrouve la combinaison de tout ce qui fait Supergrass ; l’introduction de voix psychédéliques ; la rythmique du refrain, sublime d’enthousiasme ; le choix acoustique dans les guitares additionnelles, juste en soutien d’une forme d’authenticité. Après l’orage, le trio choisit un petit piano pour repartir avec «
Sitting Up Straight », un titre résolument pop-rock doté d’un refrain entêtant.
Dès lors la deuxième face du trio d’Oxford apparaît. Au delà d’une ballade acoustique rythmée telle que
« She’s so loose », on trouve l’incroyable
« We’re not supposed to », où l’on ne sait plus où donner de l’oreille, entre les voix déformées à l'hélium et le jeu subtil de la guitare acoustique. Superbe. Sur le titre suivant
« Time » , on découvre le blues version Supergrass, rodé dans les pubs anglais, Gaz Coombes y joue un air d’harmonica assez simple qui accentue une sensation générale d’ivresse. Il faut noter que le choix de l’enchaînement des titres de
I Should Coco reste parfait du début à la fin ce qui renforce encore un peu plus la cohésion du disque. Comme pour nous permettre le repos après tant d’aventures, Supergrass nous offre
« Sofa (Of My Lethargy) ». De manière consciente ou non, on y trouve l’essence de ce que le groupe proposera des années plus tard sur son
Road To Rouen , autrement dit le voyage et les envolées quasi floydiennes. En pointillés, Supergrass prend congé avec quelques remerciements mesurés sur
« Time To Go ».
I Should Coco ouvre de manière énergique la carrière de Supergrass. La jeunesse et la maîtrise du jeu y soulignent à merveille les mots annonciateurs de Gaz Coombes « Nous sommes jeunes, nous sommes libres… ».
Mikl Leroy - Copyright 2012 Music Story