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4.0 étoiles sur 5
UN VERNEUIL DEMONSTRATIF ET EFFICACE, 15 novembre 2010
Ce commentaire fait référence à cette édition : I comme Icare (DVD)
Longtemps ce film fit les beaux soirs de la télévision française. C'est un des derniers films tournés par Henri Verneuil (1979), qui sera suivi par deux productions musclées avec Patrick Deweare puis Jean Paul Youp La Boum Belmondo, avant un long silence jusqu'en 1992. Sans doute un de ses films les plus marquants, car refusant les facilités du genre. Son héros n'a rien de charismatique, pas de morceau de bravoure ni de happy end, pas de psychologie au rabais ni d'acte héroïque. Bref, sur le papier, son film le moins « populaire ».
Nous sommes dans un pays imaginaire, dont le président, Marc Jarry, vient d'être assassiné. Un an plus tard, le procureur Volney se désolidarise de la commission d'enquête, réfutant ses conclusions. Il obtient de pouvoir reprendre l'enquête à zéro, persuadé que l'assassinat n'est pas la seule oeuvre d'un déséquilibré, mais qu'un complot a été orchestré.
Toutes ressemblances avec l'assassinat de JF Kennedy n'est évidemment pas une coïncidence. Verneuil et son scénariste Didier Decoin s'inspirent de la commission Warren et du procureur américain Garrison (voir le film d'Oliver Stone JFK). A partir d'images diffusées par la télévision au moment de l'attentat, Volney découvrira que des témoins ont filmé la scène. C'est à partir d'un de ces films amateurs, qu'il remontera à la source du complot. Henri Verneuil est un bon filmeur, un bon narrateur (à défaut d'être un metteur en scène inspiré) qui admire le cinéma américain et son efficacité. L'enquête de Volney, les pistes suivies, les découvertes, sont donc parfaitement orchestrées. Mais ce qui est étonnant dans ce film, c'est que Verneuil choisit un mode de narration quasi clinique, froid, sans romanesque, lui qui d'ordinaire est si friand de coup d'éclat tape à l'oeil (le Boeing du CLAN DES SICILIENS, Bébel aux Galeries Lafayettes dans PEUR SUR LA VILLE...). Le personnage de Volney est lui-même monolithique. Il est moins un personnage qu'une fonction. Il n'y a pas de place pour l'émotion. Volney n'est jamais fatigué, il ne doute pas, se fâche un peu, mais ne rit jamais ! Verneuil décrypte des rouages, met à jour des faits, les connecte entre eux. Yves Montand interprète ce procureur droit dans ses bottes, les cheveux blancs, lunettes cerclées, comme investi d'une mission divine. Le choix de Montand est intéressant, judicieux même, lui qui tenait le haut de l'affiche dans les pamphlets politiques de Costa-Gavras.
Pour appuyer encore un peu plus cet aspect de film à thèse, et sa démonstration, Verneuil filme une longue (et célèbre) scène, dans un Institut scientifique qui étudie le comportement. L'idée étant de montrer le degré de soumission d'un homme à l'autorité, avec des volontaires qui envoient des décharges électriques à des cobayes qui répondent mal aux questions posées. Chaque décharge est de plus en plus forte, jusqu'à 450 volt... (je n'en dirai pas plus, il faut la voir !). Et le scientifique d'expliquer que le procédé pour conduire un homme à en tuer un autre, et le même que pour en amener des milliers à en génocider des millions. Une scène hallucinante. Ce film vaut aussi par sa distribution, Montand, bien sûr, sec, autoritaire, froid, incorruptible, mais aussi toute une pléiade de seconds rôles (Pierre Vernier, Roger Planchon, Roland Blanche, Marcel Maréchal, Maurice Benichou, Jean François Garreaud, Jacques Sereys et... même Brigitte Lahaie !). Le choix des décors est aussi en adéquation, un labyrinthe de barres bétonnées, de buildings gris, sans verdure (Cergy Pontoise, près de Paris, en l'occurrence), des parkings, sans âme qui vive.
On est tout de même en droit de se poser une question, toute bête... Toute cette enquête, ces connexions, ces témoins si facilement trouvés (car les déductions de Volney sont toutes justes, les pistes suivies sont toutes les bonnes...) pourquoi seulement maintenant, et pas pendant la commission d'enquête, à laquelle Volney participait ? Parce que certaines pièces ont été cachées ou falsifiées ? Certes, mais cette explication est un peu courte... ce que Volney arrive à faire aujourd'hui, pourquoi ne l'avait-il pas fait un an plus tôt ?
I COMME ICARE (ce titre sera explicité dans l'ultime scène du film) est désormais un classique, un film qui n'a pas trop vieilli, qui regorge de clins d'oeil à l'affaire Kennedy, qui se regarde toujours avec plaisir. Une réalisation parfaitement maîtrisée.
NB : curieux que ce film, pourtant célèbre, ne soit disponible dans cette obscure édition, à un prix prohibitif.
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