Encore un film qui aura mis du temps à sortir en salles (à peu près deux ans). Pour l'avoir vu, je dois dire que les raisons sont difficilement décelables : certes le film est centré sur un homosexuel, mais il n'accumule pas (à part peut-être dans une scène ou deux) les clichés ; et même pour les plus puritains, il n'a pas grand chose de choquant (une scène de sexe, soyez prévenus, mais le montage tourne le tout à la dérision, et cela reste beaucoup moins cru que ce que l'on a pu voir ailleurs) ; et bien au contraire, le film est entraînant, les personnages sont touchants et l'on se prend bien vite au jeu de l'arnaqueur Steven Russell.
Pour ce qu'il raconte, I Love You Phillip Morris a en effet quelque chose d'incroyable : les mensonges, les arnaques et tentatives d'évasion du personnage principal sont tellement énormes que l'on tend vite à oublier que ce n'est ni plus ni moins qu'une histoire vraie (qui, paraît-il, n'a pas eu besoin d'être beaucoup romancée) ; et quand on s'en souvient, on ne peut s'empêcher de rire face à son culot et à son obstination démentiels. Jim Carrey était taillé pour ce rôle (qu'il considère d'ailleurs comme l'un des meilleurs de sa vie -et il n'a pas tort-, avec ceux dans The Truman Show et Eternal Sunshine of the Spotless Mind) et incarne à la perfection le héros du film, dans toute sa singularité et toute son exubérance, sans pour autant en faire trop, comme beaucoup de ses détracteurs le lui reprochent généralement (en tout cas, c'est ce que ma mère répète continuellement -donc Maman, OK pour ce film-là !-). Véritable caméléon, il prend l'entière maîtrise de son corps pour un spectacle à la limite du burlesque, voire du pantomime, sans que cela nuise une seule seconde aux séquences plus "sentimentales".
Car en effet, dans son montage et sa liberté de ton, le film de Glenn Ficarra et John Requa (leur tout premier en tant que réalisateurs) est tout bonnement fantastique : avec une fluidité sans accroc, I Love You Phillip Morris agrège et mélange tous les styles, passant de la comédie pure à quelque chose de plus sentimental puis, brusquement (et pourtant, impossible de s'apercevoir du moment de rupture), prenant la voie du film d'évasion ou du film de braquage, adoptant tous les codes du genre pour les réadapter à la situation présente. Et cela passe de façon impeccable : on rit (car le film est aussi très drôle, et les types d'humour sont aussi très variés), et à la minute d'après on se demande bien ce qu'il va lui arriver. Et on pleure, même, car le film arrive même à placer au moins une séquence absolument déchirante et cela sans que cela dénote avec le reste : un tour de force, maîtrisé de bout en bout.
Franchement, n'ayez pas peur de ce film : car sans user de clichés et sans être crû, I Love You Phillip Morris est une magnifique histoire d'amour doublée d'un excellent divertissement ; un film fleuve, pour une histoire vraie et si riche qu'elle ne pouvait pas ne pas être adaptée au cinéma...