Brumeux, insolite, captivant... tel est le nouvel album de Gil Scott-Heron, petit miracle après quinze ans de silence discographique et une vie privée toujours plus tumultueuse.
On pouvait s'attendre à du lard comme à du cochon avec I'm New Here, venant d'un poète légendaire, père du spoken-word, dont les visions et hallucinations étaient autrefois accouchées par un New-York bouillonnant et instable, source de créativité comme de meurtrissures.
Le livret célèbre en une poignée de clichés cette ville sanctuaire et l'un de ses artistes les plus originaux et intransigeants - le Gil. Lequel est toujours aussi bon (et presque mystique), avant même l'écoute, dans ces notes de pochette préventives, invitation à redécouvrir et savourer le disque, contenu et contenant.
La brièveté de l'album (28'24) annonce également la couleur. Gil Scott-Heron s'est vraisemblablement refusé au superflu, qui aurait pu transformer la galette du grand retour en charge inégale et vite passée à la trappe.
Dès la première plage, c'est une voix qui s'installe, incroyable, burinée, telle le visage du poète sur la première photo du livret. Une déclamation hors du temps, teintée par une indiscutable authenticité.
Le groove toxique de « Me and the Devil », montre, immédiatement après, qu'il est loin d'avoir perdu le fil de ce qui se fait, depuis quelques années, dans le milieu du hip-hop créatif.
Quant il chante, comme dans le morceau-titre - country épurée et mélancolique - et plus encore dans « I'll take care of you », sa voix laisse poindre une fragile assurance qui en dit long...
En contrepoint de l'art vocal, on est constamment ébahi par la matière musicale, d'une richesse stupéfiante, même dans les instants les plus dépouillés.
L'incroyable « New-York is killing me » illustre bien le rapport ambigu qu'entretient Gil Scott-Heron avec la ville qui l'a incessamment bercé et secoué depuis des décennies.
Elle a su lui inspirer un nouveau chef-d'aeuvre tout en demi-teintes subtiles.