Difficile de mettre la main sur des bios réalisées avec neutralité journalistique. Rien de pire que de tomber sur un auteur qui vénère aveuglément son sujet, ou pire, qui se montre partial.
Chez Camion Blanc, la majorité des ouvrages sont de bonne qualité, avec en tête les bios excellentes de Jimi Hendrix ou encore Led Zeppelin, sans compter le furieux The Dirt de Mötley Crüe !
Mick Wall a la sagesse de mettre de coté avec cette bio de Maiden tous les détails croustillants type beuverie, sexe débridé et autres consommation de coke en pagaille, pour se concentrer sur la génèse, la confirmation et l'explosion de l'un des groupes majeurs de notre temps. Il met en exergue la détermination sans faille de Steve Harris pour stabiliser son groupe et le faire décoller, mais aussi les inombrables et inévitables rencontres, hasards, chances et malchances qui jonchent le parcours de toute formation devenue mythique, et décrit enfin le talent de ses différents acteurs, sans jamais blêmer qui que ce soit de manière subjective.
Géré un peu (beaucoup) à la manière d'une entreprise par son cerveau incontestable, Steve Harris, Iron Maiden se voit offrir au cours des 385 pages de ce volumineux opus une bio digne de ce nom, couvrant la période de ses débuts jusqu'à 2003. L'on y apprendra que succés mondial rime avec perséverance, talent et chance, l'habituel cocktail/tryptique qui a permis aux autres grands de percer (on retrouvera ces traits communs avec Metallica, Led Zeppelin, Ozzy, Black Sabbath, etc.). Et l'on cessera par la même occasion de rêver devenir rockstar du jour au lendemain... seul le travail compte.
Le parcours de Maiden, qui a commencé dans les banlieux anglaises, est parfaitement symbolique du parcours type des grandes formations pour arriver au sommet : d'abord les rencontres fortuites, clubs intimistes (ou pourris), manques de moyens, vans destroys, contacts hasardeux, fins de mois difficiles, petits boulots, instruments récupérés, feux sacrés de la jeunesse, modèles des grands groupes de l'époque. Puis viennent les premiers succés, d'abord en live en local, puis sur des scènes plus larges, en radio, puis en disque, les premiers contrats, le management exceptionnel de Rod Smallwood, quasi-membre du groupe, qui les a sauvé plus d'une fois avec des suggestions ou des décisions visionnaires. Et enfin l'explosion mondiale avec la confirmation d'un talent qui ne renie jamais ses origines ni ne quitte sa ligne de conduite : pas de poseur chez Maiden, ni de débauche à outrance, pas de concession muciale pour plaire aux radios, pas de convention... Mais sont au rendez-vous les tournées pharaoniques, les disques d'or, les fans, et l'histoire en marche vers le sommet.
L'épopée des killers est l'une des meilleures bios de groupe à ce jour, et - fait notable - que l'on aime ou pas le groupe, que l'on connaisse ou pas sa musique. C'est une aventure humaine de tout premier ordre.