Eh bien, il en aura fallu du temps pour que cette très belle histoire soit accessible aux non-japanophones !
Pour resituer :
- le livre : un (court) roman décrivant une histoire d'amour entre un étudiant suisse et une japonaise aveugle, à Kyoto
- le contexte : relativement autobiographique, ou très inspiré par la vie de l'auteur. David Zoppetti, suisse établi de longue date au Japon, a effectivement été étudiant à Kyoto. Ichigensan a été écrit en japonais, a obtenu le prix des "Pléiades" japonais (Subaru Prize) et a été nommé pour le prix Akutagawa (le Goncourt local comme l'on dit souvent). Il faut noter que ce n'est pas David Zoppetti (maîtrisant pourtant l'anglais) qui a traduit le livre, mais une tierce personne.
Le livre est très bien écrit, prenant, facile à lire. On oubliera certaines digressions ou petits détails peu réalistes ou trop romancés (mais qui, je pense, ont du passer sans problème au sein du public japonais), tant l'histoire est sympathique et la performance remarquable pour un auteur "non native". La traduction est elle aussi bien tournée dans la mesure où même un non spécialiste du Japon comprendra facilement et intuitivement, sans recours à des annotations de bas de page.
Plus personnellement, j'ai trouvé ce point de vue "nouveau" car il met bien en valeur les petites choses auxquelles beaucoup d'étrangers (surtout dans les années 80 et 90, période du livre) pouvaient être confrontés. D'ailleurs, soit dit en passant, même en 2011, certaines choses sont encore d'actualité (ah ! les hordes de collégiens qui vous appostrophent d'un "hallo hallo" dans les allées de Nara...). Ces différences interculturelles étaient soient mises en scène par des oeuvres type "Lost in Translation" racontant les tribulations d'un visiteur découvrant le Japon, soient expliquées sciemment dans des livres type "Le Japon pour les nuls" à grands renforts de "au Japon on renifle on ne se mouche pas en public" ou "au Japon on montre son nez pour se désigner". Là on a le point de vue d'un étranger qui habite depuis quelques années au Japon et a atteint une maîtrise de la langue et des habitudes locales avancée (entrer dans une université japonaise fin des années 80 dans un programme de littérature japonaise, faut y aller...). Et ce livre met en parallèle cet espèce d'ostracisme plus ou moins avoué envers un étudiant non-japonais d'une part et une japonaise handicapée d'autre part.
Bref, une oeuvre qui mérite d'être traduite aussi en français, en espérant que quelqu'un se dévoue pour cela, car l'auteur pourtant d'origine genevoise n'a pas l'air décidé à se traduire lui-même...