Quoiqu'on en pense, la musique des White Stripes n'a rien de fondamentalement nouveau. C'est du pur rock, délivré à l'énergie et dans le plus simple apparat, sauf qu'évidemment là où les Stones et consorts étaient 3, 4, 5 et plus, les White Stripes ne sont que deux. De cette carence sur le papier ils ont fait un concept, leur code couleur bichromique, et une force, leur science de l'essentiel. Il leur manque la basse, autant dire la pulsation du rock, et pourtant leur musique vit, bouge, respire (ô combien), se trémousse comme une diablesse, sur Icky Thump plus que jamais. Après la sereine pause de Get Behind Me Satan, Meg & Jack convoquent à nouveau les riffs à la fête, et quels riffs! Celui du morceau-titre, celui de Little Cream Soda, rivalisent avec le déjà légendaire Seven Nation Army, et pour le reste le duo jongle sans peine avec les cycles éternels du blues, les intermèdes zeppeliniens en acoustique, les mariachis, tout lui réussit ou presque. Il malaxe, triture, secoue tous les cocotiers qu'il trouve! Prenez le She's Got Balls d'AC/DC et le La Grange de ZZ Top, mixez violemment, et vous obtenez le boogie vicelard de Rag And Bone. Réécoutez certains phrasés hystériques de Ted Nugent, les soliloques habités d'un écossais à rayure, feu Alex Harvey, et vous comprendrez mieux l'art narratif de Jack White. Au fond, Meg et lui n'ont certes rien inventé mais réinventent tout en moins de deux... et ça fait du bien !