La jolie dame à moustache (emblème du groupe, la moustache, pas la dame) de la couverture nous le rappelle de ses grands yeux gris : le rock, c’est pas mal de sensualité, et énormément d’humour. Maintenant que nous nous sommes passablement excités à rire, passons aux choses sérieuses : brigade internationale du binaire (un p’tit gars de Manchester, deux Londoniens, un Canadien, et un Auvergnat frappeur de tambours), les « Elders » ont porté sur les fonds baptismaux leur premier effort (
Nothing Ventured, Nothing Gained en 2007) simultanément à la composition de la musique du film
Hellphone de James Huth. Et accepté avec bonhomie, et en tapant du pied, qu’on évoque à leur sujet les influences conjointes de Led Zeppelin et AC/DC. Mais aujourd’hui, dans cette terrible épreuve du deuxième album, force est de constater que l’aplomb, le culot, et l’énergie, finissent toujours par renverser les montagnes des idées toutes faites. En effet, si les douze chansons d’
Ignorance & Bliss nous offrent un délicieux retour vers le futur des seventies (ses riffs imparables, sa pilosité exacerbée, et ses cris farouches), force est de constater que les mélodies n’ont pas été oubliées au vestiaire, pour un résultat final aussi actuel et satisfaisant que celui procuré par The Datsuns. En ce sens,
« Far Away », ballade du programme, démontre, dans ses nappes sonores telluriques, que le groupe ne se résume pas à une cohorte de bûcherons.
« Au Bikini » (une ouverture comme on s’en pourlèche) enfonce le clou de la répétitivité avec une mâle assurance, et une distinction rare, alors que
« It Doesn’t Really Matter », véritable hit du lot, permet de mieux comprendre la pétulance de cette énergie de toute éternité qu’on appelle le rock. Et
« Sick Of Silence » le bien nommé, outre une cavalcade conclusive complètement échevelée, rappelle que la valeur n’attend pas le nombre des années, ni l’avaleur de riffs la nationalité. Électrique et implacable, un album sans complexes, mais plus complexe qu’on ne pourrait l’évaluer au préalable, et, in fine, magistral.
Christian Larrède - Copyright 2013 Music Story