"Ikigami", c'est à chaque livraison l'assurance d'avoir deux récits qui ont pour point commun de mettre en scène un personnage sachant qu'il lui reste moins de vingt-quatre heures à vivre. Naturellement, on peut réagir de manière variée face à cette fin programmée : c'est là toute la richesse potentielle du postulat de base de l'auteur.
Deux histoires, deux destins brisés. Le jeune professeur qui reçoit l'Ikigami va avoir une réaction violente, là où l'autre personnage qui est frappé dans le second récit va plutôt réfléchir à ceux qui vont lui survivre et qu'il faut protéger. Comme dans les trois tomes précédents, il n'y a pas de temps mort : le récit, comme ses protagonistes, semble courir après un temps qu'on sait compté. C'est donc haletant ; après une mise en place efficace, la réception de l'Ikigami lance la machine infernale. Et comme toujours, on suit le fonctionnaire Fujimoto, fil rouge de la série qui ne cesse de s'interroger sur la monstruosité bureaucratique qu'il sert au quotidien.
C'est bien fichu, encore une fois, et on ne cesse de s'interroger en fin de lecture. Sur ce qu'on ferait de ses dernières heures, évidemment. Mais aussi sur la possibilité que le cauchemar décrit par Motorô Mase devienne réalité : serait-ce si improbable ? La réponse, qui n'a rien d'évident, ne peut que glacer.