Le Barbier de Séville est une oeuvre qui a été autrefois trafiquée et caricaturée, qui est aujourd'hui traitée avec respect et philologie, mais souvent au détriment du comique et pour tout dire de l'intérêt de l'auditeur.
Vittorio Gui (1885-1975) a été le pionnier d'un retour au vrai Rossini. Son enregistrement a été effectué en 1962 après le succès des représentations de Glyndebourne. Il bénéficie entre autres de la présence - présence, c'est le mot, il n'en manque pas - de Sesto Bruscantini, il a Luigi Alva, comme souvent à l'époque, en comte Almaviva, qui ne mérite pas le dédain de certains commentateurs. Victoria de los Angeles, naturellement pudique et douce, s'efforce avec un certain succès d'avoir la sensualité, voire la rouerie, de Rosine, tout en gardant ses qualités vocales. Quant au Bartolo de Ian Wallace (1919-2009), j'avoue ne pas comprendre les reproches de convention que j'ai lus, puisque Bartolo doit être conventionnel pour être vrai; mais peut-être lui fait-on payer de n'avoir pas été seulement un chanteur d'opéra. Rarement un Bartolo a été aussi comique, sans en faire trop, aussi Bartolo. Pour la petite histoire, Gui n'avait pas pu imposer à EMI toute la distribution qu'il souhaitait, en tout cas pour Rosina et Almaviva.
Mais c'est le chef qui mène le jeu, qui rythme le déroulement de l'opéra, et surpasse tous ses concurrents dans le finale étourdissant du premier acte. Revenant à plus d'authenticité, il le fait sans supprimer la vie (oh! que non), l'aérien (un Rossini proche de Mozart), le bouffe. C'est sur ces derniers points que Abbado, encore plus Marriner, sont en recul et que Galliera (avec Callas), aussi chez EMI, mais quelques années auparavant, n'atteint pas la complète réussite du présent enregistrement.