Etrange oratorio en vérité: Dieu ne joue pas le moindre rôle dans cette histoire où il n'est même pas question de Lui et qui ne couvre en fait que l'épisode fameux des cheveux coupés du héros; et c'est à peine si l'épilogue nous invite platement, sur un ton de morale laïque, à résister aux tentations. Dalila apparaît d'ailleurs comme le principal protagoniste, sous les traits patriotiques flatteurs d'une véritable Judith philistine, en flagrante contradiction avec la séductrice soudoyée que nous présente la Bible (Jg 16, 5). Soudard plus qu'à moitié idiot, Samson fait bien pâle figure face à elle.
L'oeuvre toutefois ne manque pas de charmes: Adriana Fernandez trouve en Dalila des accents monteverdiens, l'orchestration est plutôt variée, la basse continue luxueuse, comme toujours avec Garrido.
Reste que Philippe Neri n'eût guère retrouvé ses petits dans ce soi-disant oratorio qui paraît témoigner pour le moins d'une baisse de la religiosité à Naples à la fin du XVIIème siècle.