Ce tout premier oratorio de Haendel est un des chefs d'oeuvre précoces de cette période où jaillit la créativité du jeune compositeur de 22 ans découvrant à Rome le lyrisme italien. C'est déjà presque un opéra, où s'affrontent les allégories de la Beauté, du Temps, du Plaisir, et de la Désillusion, en un feu d'artifice de 23 airs, 2 duos et 2 quatuors aussi brillants les uns que les autres, soutenus par une orchestration concertante extrêmement riche et variée.
Les solistes vocaux de cette version dirigée par Rinaldo Alessandrini sont de premier ordre, bien qu'à la réécoute ils déçoivent quelque peu : la soprano Deborah York incarne la Beauté avec beaucoup de vaillance, mais son émission incisive est un peu trop droite et souvent sa stridence est dure à l'oreille. La mezzo Sara Mingardo est une Désillusion au beau timbre, un peu trop clair toutefois pour le rôle. La soprano Gemma Bertagnoli est engagée dans son rôle du Plaisir, mais manque de graves pour un rôle qui relève plutôt du mezzo et l'oblige à poitriner certaines notes en perdant la couleur (par exemple le ré grave dans l'air "Fosco genio"). Enfin le ténor Nicholas Sears incarne le Temps avec robustesse, mais son timbre nasal trahit sa nationalité anglaise.
Toutefois, c'est la direction d'Alessandrini qui avec le recul inspire le plus de réserves : ses tempi dans l'ensemble sont souvent beaucoup trop rapides, surtout dans les mouvements medium ou lents comme "Fido specchio", "Se la Bellezza", "Urne voi", "Crede l'uom"... Voulant animer le discours, il le dédramatise, et contraint parfois ses solistes à l'inexpressivité (par exemple Mingardo dans "Se la Bellezza"). Enfin, la prise de son est un peu trop massive, manquant de transparence et de dynamique.
Les défauts de cet enregistrement, qui succéda en 2000 comme référence à celui de Marc Minkowski, n'en font pas une mauvaise version, surtout à petit prix : ils sont apparus par comparaison avec la version d'Emmanuelle Haïm (2006), nettement plus aboutie.