Vu ce soir, "il divo" (film italien de Paolo Sorrentino, 2008) , sur l'inoxydable, le divin, la Salamandre, alias Giulio Andreotti une vingtaine de fois ministre et plusieurs fois Président du Conseil en Italie, accusé d'avoir commandité quelques menus assassinats, accusé d'avoir bénéficié de l'enlèvement puis de la mort d'Aldo Moro par les Brigades rouges, accusé surtout de liens on ne peut plus troubles avec la Mafia.
Le film était attendu, les Italiens ont tous "vécu" avec Andreotti, tant il a couvert de chapitres de l'histoire politique outre-alpine. Ma mère en apercevant les premières images du film s'est écriée, spontanément: "la démarche, oui c'est exactement ça, ses pas heurtés, ses talons nerveux !"
Quant au film, j'adhère au propos polémique, au ton cynique, à la mise en scène nerveuse, à la B.O. provocante et criarde si l'on peut dire, je suis emballée par l'interprétation sérieuse et appliquée des acteurs mais je suis tout de même embêtée par un décalage curieux (voulu par Sorrentino histoire d'épaissir le mystère entourant cette figure à la fois inamovible et finalement restée très opaque de l'histoire politique italienne contemporaine?) entre la dureté du réquisitoire et la douceur qui se dégage de ce bonhomme tel que le présente Paolo Sorrentino: un fonctionnaire gris, petit, courbé, insignifiant. On a peine à croire qu'un individu que Kafka aurait volontiers classé dans la catégorie des "cloportes" ait pu concentrer tant de pouvoir (s) et diligenter tant d'affaires sanguinolentes. Mais l'intelligence comme le mal ont après tout parfois des visages inattendus, ed insospettabili...