L'ONU a fait, dans sa grande naïveté légendaire, de l'année 2001 "l'année de rencontre entre les cultures". Ce souhait s'est fracassé le 11 septembre sur les parois du World Trade Center de New York. On sent bien l'intérêt de l'Organisation des Nations-Unies de favoriser les rencontres dans l'objectif non avoué d'opérer une heureuse symbiose mondiale pacifique et bon enfant. L'intention est louable et l'Enfer, comme chacun sait, est pavé de ces bonnes intentions. Le paradis communiste est est d'ailleurs toujours pavé dans ses avatars chinois, nord-coréen, vietnamien ou cubain. En 1995, Samuel Hutington avait mis en garde, dans son désormais fameux "choc des civilisation" contre les effets de cette uniformité du monde. Avant lui, Vaclav HAVEL, émergé avec douleur du mirage communiste, manifestait les mêmes interrogations tout en cherchant une porte de sortie laïque au désenchantement du monde. Son raisonnement peut suivre les points suivants :
1- nous vivons sur une petite planète qui se trouve, pour la première fois de son histoire, embrassé par une civilisation unique, créée par l'éclatement du monde bipolaire en univers multipolaires
2- les destins de milliards d'hommes se fondent en un seul destin
3- chaque danger qui menace le monde devient un danger global
4- il y a une possibilité de guerre entre diverses sphères de civilisation, de culture ou de religion
5- la civilisation qui nous rapproche et nous uniformise ravive les traditions culturelles ou religieuses qui défendent leur singularité
6- il se produit donc un processes inverse d'autodéfense
7- donc, quel ordre mondial bâtir pour prévenir les conflits
8- un ordre qui se référence aux éléments communs aux civilisation : transcendance du miracle de la vie, ancrage de l'homme dans sa certitude terrestre et cosmique
On peut emettre des réserves sur "l'angélisme" dont fait preuve Vaclav HAVEL, surtout dans son appel à un multiculturalisme, tant il est imprégné d'un humanisme généreux à vocation universelle. Cependant, l'appel à la transcendance transpirant dans ces pages le sauve de la plupart des idéologies contemporaines, fondées sur le simple contrat social cher à Jean-Jacques ROUSSEAU. Mais quelle transcendance ? L'auteur, qui a subit le messianisme terrestre du communisme, n'en parle guère mais en tout cas, il refuse que cela soit un "système" de valeurs qui ait réponse à tout avec certitude.