Voici un film qui commence bien : le temps d’une séquence pré-film (procédé assez rare) puis d’une séquence pré-générique, il est question de romance (avec clin d’œil à Un Homme et Une Femme) et de mariage. Ensuite une lune se lève, c’est le générique, et tout se gâte. Les romances sont essoufflées, les mariages prennent l’eau et les gens sont énervés. Gérard Lanvin, camionneur malchanceux, entre dans une spirale fatale dont il ne maîtrise rien. Autour de lui, sans qu’il les rencontre forcément, des gens se croisent, se disputent, se consolent et, malgré eux, pavent une route à l’issue dramatique.
Ce 31ème film de Claude Lelouch est une réussite totale. Les dialogues sont toniques, les acteurs criants de réalisme et la réalisation est sobre. La musique mérite une attention particulière puisque très présente du début à la fin, sous la forme notamment d’interludes chantés : la troupe d’Anita Vallejo joue un peu le rôle du chœur antique en s’adressant aux personnages tout en commentant l’action.
En bonus, le « making of » est l’occasion pendant un quart d’heure, pour les acteurs, de commenter la méthode de Claude Lelouch. Celui-ci a son film en tête, mais ne donne des indications aux comédiens qu’au dernier moment, afin de préserver leur naturel. Il reste alors à les diriger dans leur semi-improvisation. Cette technique qui irrite certains spectateurs est particulièrement adéquate ici, pour donner le rythme à cette ronde de personnages hésitants dont les destins sont tracés.
Il n’est pas question ici d’être pro ou anti-Lelouch : de quelque bord que l’on soit, on ne peut rester indifférent à l’humour et à la tristesse de cette valse que dansent Gérard Lanvin, Patrick Chesnais Vincent Lindon, Gérard Darmon, Annie Girardot, Francis Huster, Marie-Sophie Lelouch, ainsi que Philippe Léotard, Paul Préboist et Serge Reggiani disparus depuis. Voici deux heures de grand cinéma français au style unique, inventif et émouvant, que l’on peut recommander à tout public.