Napoléon savait-il vraiment ce qu'il faisait quand il a décidé de lancer les cinq-cents mille soldats de sa Grande Armée, guidés par des maréchaux moins aveugles que lui, au-delà du fleuve Niemen un beau jour d'été 1812? Qu'elle paraissait facile à soumettre cette Russie!
Les protagonistes de ce récit, l'officier Sébastien Roque, le bourru et estropié capitaine d'Herbigny, son domestique, des comédiens français installés à Moscou et Napoléon lui-même vont vite déchanter. En effet Moscou est vide. Moscou est déserte. Moscou brûle! Les quelques cosaques restés en arrière donnent un premier avertissement : la Grande Armée va vivre l'enfer. Et les civils enmenés dans son sillage ne seront pas épargnés.
Plus que Waterloo, la retraite de Russie, restera le coup le plus dur porté à l'Empire. Pendant des dizaines de pages, Patrick Rambaud nous gifle l'esprit en décrivant l'horreur de cette marche interminable dans un froid qui dépasse l'entendement. Plus que les canons de Koutouzo, le gel sera le premier bourreau de l'immense cortège napoléonien. Perdant toute humanité, les hommes et les femmes reviendront à l'état sauvage, n'entendant plus que leur instinct de survie, quand ce n'est pas la résignation.
Au-milieu de ce désastre apocalyptique, il y aura certaines lueurs d'héroïsme, notamment des soldts qui réussiront du mieux qu'ils pourront à construire les deux ponts sur la Bérézina.
Patrick Rambaud nous depeint ici un Napoléon assez borné, toujours dogmatique ("c'est la faute des anglais!") et des maréchaux capricieux, Davout et Murat étant en conflit constant. Mais c'est bien évidemment par les personnages de sa création que l'auteur nous fait vivre la retraite de Russie dans toute son horreur et sa déshumanisation.
Après ce calvaire il y eut Leipzig. Une nouvelle défaite française. Mais la coalition allait-elle s'arrêter là?