En 1958 se tenait à Moscou le premier Concours International Tchaikovsky, dans un contexte de guerre froide américano-soviétique. Le concours est monté comme un vitrine devant faire étalage de la supériorité écrasante des jeunes musiciens russes, qui à l'époque raflent tous les prix des concours internationaux.
C'était sans compter sur un pianiste texan agé de 24 ans, qui allait venir emporter l'adhésion générale du public et du jury (composé de la fine fleur soviétique, de Dimitri Chostakovich à Sviatoslav Richter). Van Cliburn entrait dans la légende et devenait un véritable héros populaire aux Etats-Unis (couverture du Time, grande parade aux confettis à New York, etc).
Au-delà de l'exploitation politique, médiatique et commerciale de l'événement, cette édition nous permet d'entendre le pianiste dans une performance exceptionnelle : noblesse du jeu, dynamique implacable, ardeur poétique; le jeune américain montrait ici que ces oeuvres sont autre chose que des "tubes" hallucinants de difficultés techniques. Accompagné par le grand Kondrashin, il nous offre un concerto de Tchaikovsky de sang et de feu, suivi d'un stupéfiant troisième de Rachmaninov en pure effervescence.
Le public, hypnotisé, explose dans une standing ovation qui durera huit minutes. Richter, conquis, lui donnera la note maximale, et zéro à ses concurrents. Un triomphe historique, le concert d'une vie.