On tient sans doute dans ce disque l'opus le plus abouti et le plus cohérent de la seconde partie de la carrière du poète canadien. Trouvant son unité dans l'usage systématique de nappes de synthétiseurs et de choeurs féminins se mariant harmonieusement à la voix grave du chanteur, l'album alterne ballades magnifiques et protest-songs des mieux senties, climats pince-sans-rire ou très va-t-en-guerre, le tout baigné par l'ironie et le pessimisme cinglants d'un Cohen au mieux de sa forme, signant là parmi ses meilleurs textes et ses meilleures mélodies. A ce niveau de maitrise, on atteint une sorte d'idéal abstrait (mais combien sensuel), comme une idée de la chanson pure. En fin de parcours, le barde se paie d'ailleurs le luxe de rappeler qu'il est un des seuls song-writers actuels à tutoyer l'éternité, en se fendant d'un Tower Of Song impeccable, aussi désarmant de drolerie que de noirceur, et ne faisant allégeance à un âge d'or mythique que pour mieux saluer l'avenir. C'est parfait.