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8 internautes sur 13 ont trouvé ce commentaire utile :
2.0 étoiles sur 5
Frontières interdites ?,
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Ce commentaire fait référence à cette édition : Immigration : fantasmes et réalités : Pour une alternative à le fermeture des frontières (Broché)
Ce livre constitue une critique virulente des politiques européenne et française en matière d'immigration, dont il dénonce les effets brutaux, voire inhumains (les familles expulsées, les déboutés du droit d'asile, etc.). Il propose une alternative radicale : « la liberté d'aller et venir pour tous » (p. 120), entendu « non seulement [comme] liberté de circulation, mais aussi [comme] liberté d'établissement » (p. 127).
Cette ouverture altruiste et ambitieuse est séduisante. Cependant, étant donné le caractère souvent excessif du propos et la nature de certains arguments adoptés, l'ouvrage laisse un sentiment mitigé. Excessif, car rien des dispositifs actuels n'a grâce aux yeux des auteurs : certes, on comprend aisément la critique de la « chasse aux sans-papiers » ou des conditions de détention des « expulsables », mais de là à voir « l'intégration [comme un] instrument de pression et de discrimination » ou à railler le codéveloppement, il y a un pas qui fait problème. Même la lutte contre les « passeurs » est stigmatisée... Mais, indépendamment de ces excès, que dire du coeur de la thèse ? Pourquoi devrait-on supprimer toutes frontières pour la circulation des personnes ? Trois arguments principaux sont invoqués. Chacun est problématique. 1) Ce serait parce que la gestion des flux migratoires est inefficace qu'il faudrait l'abandonner. Curieux paralogisme. Imaginons une transposition au domaine du chômage. Les politiques d'emploi ne sont pas efficaces... supprimons-les ! Qui admettrait un tel raisonnement, hormis l'ultra-libéral hostile à tout interventionnisme ? L'observateur raisonnable dira plutôt : « si la politique est inefficace, c'est parce que les moyens mobilisés ou les modalités choisies ne sont pas à la hauteur ; en tout cas ne renonçons pas à intervenir car ce serait sûrement pire ». Si l'objectif est juste, il faut d'autres moyens pour l'atteindre et non invalider l'objectif ! Sauf que l'immigration n'est pas le chômage. Elle serait, elle, souhaitable. Surviennent les deux autres arguments. 2) « La migration est une réalité incontournable, enracinée dans les structures mêmes de notre système économique et social » (p. 9). Cette volonté de « naturaliser » des phénomènes, pourtant proprement sociaux, est discutable. La mondialisation ou le libéralisme sont souvent traités de la sorte : ils iraient de soi. En renvoyant ainsi l'ordre des valeurs à l'ordre des faits, le choix n'a plus lieu d'être. Pourtant si une collectivité cherche à limiter l'immigration, elle montre bien, par cet autre « fait », que de tels phénomènes relèvent en vérité des valeurs que l'on se donne et non d'évolutions inévitables. Certes, cela n'empêche pas l'existence de contraintes objectives à intégrer, en particulier l'envie des migrants d'atteindre tel pays, mais pour autant cela ne signifie pas l'absence de choix possibles. 3) L'immigration serait dans l'intérêt de tous : des immigrants et de ceux qui les accueillent. L'ouvrage exalte les avantages de l'immigration et dénie, voire tourne en dérision, les inconvénients que ses adversaires prétendent lui opposer. Le titre est révélateur : il y aurait, d'un côté, les « réalités » toujours à l'actif du fait migratoire et de l'autre, les « fantasmes » qui seraient l'apanage des opposants ou des simples sceptiques. Evidemment cette façon de ravaler la position de l'adversaire à des manifestations névrotiques est critiquable, mais le contenu de la thèse est lui-même très discutable. - Jamais les auteurs n'opèrent la moindre relativisation historique des avantages/inconvénients de l'immigration. Si l'immigration a été source de prospérité, par exemple pendant les Trente Glorieuses, elle semble devoir le demeurer éternellement. Comme si, en soi, le fait de venir sur un territoire allait générer de la croissance économique. Curieux. D'ailleurs, si l'argument était vrai, on se demande pourquoi le fait de rester sur le territoire de départ ne générerait pas aussi nécessairement de la croissance... Evidemment, il n'en est pas ainsi parce que les conditions socioéconomiques sont déterminantes quant au rôle d'une population active dans une économie. Or, dans le cas européen, avec une croissance durablement faible et une part importante de la main-d'oeuvre disponible sans emploi, quel serait l'intérêt d'un afflux supplémentaire de main-d'oeuvre ? - Jamais les auteurs n'envisagent sérieusement la question de l'intégration des immigrés et de leurs familles. Dans leur logique, qui y voit la source d'un problème est disqualifié. Pourtant, la difficile intégration est un fait, plus ou moins prononcé, selon les endroits et les types de populations, et même si les immigrés n'en sont nullement responsables, quel serait cependant l'intérêt d'amplifier un mouvement risquant de porter préjudice aux nouveaux venus, aux immigrés déjà présents, et à la société en général ? - Jamais les auteurs n'envisagent sérieusement les conséquences d'une suppression complète des frontières, en particulier la question d'un afflux massif de populations étrangères. Ils nous citent simplement l'exemple des pays entrant successivement dans la communauté européenne n'ayant pas provoqué l'afflux redouté par d'aucuns. Les situations sont-elles réellement comparables ? En fait, les différences initiales n'étaient pas aussi prononcées que celles qui peuvent exister actuellement entre, par exemple, la France et la plupart des pays africains, et surtout l'entrée dans la Communauté européenne a permis un développement économique à l'intérieur des pays concernés, permettant de réduire la propension à migrer. Les auteurs préfèrent se gausser de la thèse de « l'appel d'air », taisant par exemple que la régularisation de 700.000 sans-papiers en Espagne en 2005 a provoqué un afflux de plusieurs milliers de clandestins, notamment sur les Îles Canaries, au point d'inverser complètement l'attitude du gouvernement socialiste de Zapatero, désormais favorable à la lutte contre l'immigration clandestine... Plus généralement, il y aurait un sacré paradoxe à ce que la suppression des contraintes à l'immigration n'amplifie pas massivement les flux alors que, dans une situation prolongée de risques, nombreux sont déjà les candidats étrangers à vouloir vivre en Europe, clandestinement. En définitive, la vraie réponse au désir de quitter son pays ne serait-elle pas d'assurer le développement sur place ? C'est là un autre combat, certainement difficile lui aussi, mais bien plus prometteur. Aidez d'autres clients à trouver les commentaires les plus utiles
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