Quand on écoute cet album, on pense parfois à l'éminent Ian McKaye (Minor Threat, Fugazi), on pense aussi à Zach de la Rocha (R.A.T.M.). Toutefois, il serait réducteur de limiter les 5 Texans pleins de jus d'At The Drive In (A.T.D.I. pour les intimes) à de vulgaires copistes, car ils ont tout de même bouleversé en profondeur le paysage moribond du rock des 90's.
Après ma chronique enflammée sur "Relationship of Command" (2001), il fallait que je m'autorise un petit saut dans le passé pour vous causer de "In/Casino/Out" (1998), une bien belle gifle, bien plus intéressante que le très dispensable "Acrobatic Tenement".
Une galette de 11 titres pour 38 minutes, chaque piste ayant été enregistrée en une prise, en condition live, ce qui, aujourd'hui, confinerait au snobisme. Ici, on alterne mélodies sirupeuses et riffs ravageurs diablement intelligents, là une batterie délicieusement syncopée cohabite avec une basse bourdonnante, les phrasés hip hop succèdent aux hurlements bestiaux : un équilibre parfait.
Certains titres envoient le bois, comme le noisy punk "Alpha Centauri", le survolté "Pickpocket", ou l'énervé "A Devil Among The Tailors". D'autres morceaux plus subtils tels que "Napoleon Solo", d'autres encore vraiment doux comme "Lopsided" et "Hourglass", qui témoignent à la fois d'une belle qualité mélodique et d'une sensibilité présageant déjà du mythique "Relationship Of Command".
Et surtout, mes chers amis, un morceau indispensable, vital même : "Chanbara". Congas, riff de ouf et paroles de dingue : dès lors, quand le touffu Cedric Bixler beugle "Tour de force ! De facto ! Ayacucho !", on se dit qu'il a un peu forcé sur la marjolaine, mais c'est aussi ça le rock, et on tient là une perle.
"In/Casino/Out" est un album intelligent, représentatif de l'entrée du groupe dans une dimension intersidérale, qui n'allait plus se démentir jusqu'à la scission.
Vous avez dit "emo" ? Je préfère parler de punk subtil, éventuellement de rock alternatif un poil bourrin. D'ailleurs, pianotez "emo" sur gogole images et vous comprendrez aisément ma désapprobation catégorique.