Pour de nombreuses raisons, les Supergrass sont les superstars de la pop anglaise qui représentent le mieux la jeunesse et le côté positif généralement associés à ce mouvement. Leur premier album de 1995,
I Should Coco, contenait "Alright", hymne au bien-être comme pouvait les écrire Noel Gallagher. Deux ans plus tard, les membres de Supergrass sont encore dans la vingtaine mais veulent clairement montrer qu'ils ont grandi. L'album qui suit,
In It For The Money, contient "Tonight", ode à la fête sans ambiguïté. Même s'ils ne sont pas devenus un groupe sérieux comme les Manic Street Preachers, l'approche est ici plus mesurée avec un sens plus aigu du théâtral, si ce n'est de la gravité. Des touches de cuivre et de clavier apportent une finesse (même sur un titre rythmé comme "Richard III") qui était totalement absente de leur premier opus. Avec sa guitare acoustique, "Late In The Day" est un peu lourd avec ses paroles sur la quête de l'âme, mais Supergrass arrive à communiquer des passions avec succès sur "Sun Hits The Sky", plus entraînant. On retrouve également logiquement le sens de l'humour de Supergrass sur ce disque avec
In It For The Money : dans le livret, une plante en pot représente le quatrième membre du groupe.
--Rickey Wright
Sorti en 1997,
In It For The Money s’inscrit dans la suite logique du premier opus
I Should Coco, Supergrass utilisant sur ce disque sensiblement la même recette que sur le précédent. On y trouve deux parties bien distinctes, l’une composée de titres très énergiques et très courts et l’autre un peu plus mélancolique où Supergrass éblouit par la beauté de ses compositions.
Un vent de fraîcheur souffle sur cette année 1997 qui reste presque marquée d’une pierre blanche pour le rock d’Oxford, en effet Radiohead sort son
Ok Computer qui les propulse directement au firmament. Supergrass n’est pas en reste avec cet excellent deuxième album, très bien accueilli par la critique, pas rebutée par un titre en hommage au
We’re Only In It For The Money de Frank Zappa. Le titre du même nom est aussi choisit par le groupe pour ouvrir les hostilités. Une introduction parfaite, petite synthèse pop-rock aux arrangements remarquables. Le soutien de cuivres lui donnant une dimension presque épique. L’ensemble sert de rampe de lancement à l'imparable
« Richard III ». Un refrain qui vous reste en tête pour la journée, un riff de guitare que l’on pourra encore jouer dans un demi-siècle pour épater ses amis, voilà de quel bois est fait ce titre. Les trois garçons ne manquent pas de ressources puisqu’un nouveau riff assassin emmène
« Tonight », porté par une trompette presque festive.
On sent que Supergrass a grandi lorsque que l’on écoute
« Late in the day », la sensibilité et la mélancolie contenues dans ce titre rappellant certaines directions prises avant eux par Pink Floyd. Le choix d’épaissir l’orchestration autour du trio basse, batterie, guitare s’avère aussi très judicieux, que ce soient les claviers, l’acoustique, les arrangements de chants entre Mickey Quinn et Gaz Coombes encore plus pointus que dans l’opus précédent, force au respect.
« G-Song » a une allure plus moderne, plus pop aussi même s’il apparaît comme un morceau un peu plus dispensable que les autres titres de ce disque. Arrive ensuite certainement le meilleur titre de ce disque,
« Sun hits the sky » qui a l’étoffe d’un grand single : un chant ciselé, des ruptures rythmiques qui ne font que relancer la mélodie, un chorus de clavier psychédélique et une partie de basse-batterie en forme d’outro tout simplement superbe.
« Going out » propose une rythmique pop dans des tons plus folk. Le titre permet aussi au groupe de basculer dans le deuxième volet de cet album, une sorte de passerelle vers une sensation plus acoustique proche du songwriting avec
« It’s Not Me ». S’ensuivent quelques morceaux très cohérents mais moins complexes que sur la première moitié du disque. Le sympathique
« Cheapskate » joue sur un pied rock sautillant ; «
You can see me » fait penser dès les premiers accords aux productions de leurs glorieux aînés de Liverpool, The Beatles ;
« Hollow little reign » repose sur un piano, des back-vocals de Mickey Quinn, toujours aussi aérien, et d’une nouvelle trompette en sourdine. Supergrass tire sa révérence sur
« Sometimes I make you sad », un titre aux sonorités bizarroïdes où l’on peut deviner une base de beat-box et des balbutiements de guitare manouche… Capharnaüm sonore, expérimentation que l’on retrouve sur chacun des disques Supergrass tel le
« We’re Not Supposed To » de
I Should Coco.
Dans la veine de leur premier opus,
It In For The Money est un disque résolument rock, digne de leur label Parlophone, où Gaz Coombes et les siens prouvent que Supergrass est un groupe d’avenir, à la carrière basée sur une solide production d’albums. Associant insouciance de l’adolescence et introspection en un parfois sombre faux-semblant.
Mikl Leroy - Copyright 2012 Music Story