Octobre 1969,dans la vitrine des disquaires,une pochette à la sublime laideur, imprimée sur un papier duveteux sans aucune inscription: "in the court of the crimson king" vient d'arriver sur terre et rien ne sera jamais plus comme avant!
Certainement inspirée du "cri" d'Edvard Munch,la face hallucinée du schizoid man ( peinte par Barry Godber qui mourra quelques mois plus tard!) va marquer pour toujours les esprits.
Sur la platine, le choc: après quelques sirènes et mugissements sourds et étranges la voix distorsionnée de Greg Lake annonce la couleur,"21st Century schizoid Man",peut-être le premier hard-rock de l'histoire! Robert Fripp a branché sa guitare sur un soufflet de forge et nous balance un riff d'enfer,suivi par le sax halluciné de Ian McDonald,la basse grondante de Lake et la batterie extra-terrestre de Michael Giles à l'unisson! On retient son souffle et il faut bien plusieurs écoutes avant de digérer l'Ovni.
Puis après la tempête, le calme: "I talk to the wind",morceau clair-obscur,à la fois entrainant et mélancolique, la voix enfin pure de Greg Lake, en chant et contrechant totalement sublimes et cerise sur le cadeau, la flûte magistrale et envoûtante de Ian McDonald.
Roulements de timbales( empruntés à Procol Harum dans "In held T was I"),montée de mellotron (acheté aux Moody Blues!), mélodie timide et sublime de Robert Fripp à la guitare, puis le chant de Greg Lake, frissons dans le dos, "Epitaph" assène le coup final: le texte de Peter Sinfield n'est pas "gai-gai" mais on succombe à tant de beauté(du Diable?)
Comme 1969 est l'année de la lune,"Moonchild" nous invite chez lui: mélodie superbe,arrangements de vents grandioses(c'est comme ça chez Ian mcDonald!),puis trois des compères s'envolent pour une introspection onirico-progressive qui aura finalement (et certainement inconsciemment) pour but d'anesthésier l'auditeur et de rendre la claque qu'est l'intro d'"in the court" encore plus magistrale: break monstrueux à la batterie,nappe de mellotron et choeurs d'outre-tombe, bienvenue chez le Roi Pourpre,tout y est! Arpèges de guitare venus d'ailleurs,cymbale ride,accordée et cristalline, solo de flûte accroché aux étoiles, batterie étrangement étouffée, break, re-break, fausse fin et final magistral.
Le voyage est fini et il n'y en aura pas d'autre: sous ce premier line-up, King Crimson se désintègrera quelques mois après, nous laissant orphelins à tout jamais!
Robert Fripp reprendra seul la barre du Roi défunt,Greg Lake partira fonder ELP, Ian mcDonald( principal compositeur pour cet album et veritable âme du premier Crimson) participera à l'aventure "Foreigner", Michael Giles et Peter Sinfield disparaitront "progressivement" du monde du rock.
Mais tout ceci est une autre histoire...