« Sail, sail away », supplie le chanteur Luke Jenner dès le morceau d’ouverture, à la fois bouleversant et festif, du quatrième album de The Rapture. Album qui devrait secouer la fin de l’été 2011. Et ce pour plusieurs raisons. D’abord, le trio new-yorkais a eu la bonne idée de revenir chez DFA, le label des géniaux James Murphy (alias LCD Soundsystem, brillant producteur) et Tim Goldsworthy (moitié de UNKLE, brillant producteur lui aussi, tiens). Visiblement mieux dans sa peau après une expérience ratée chez une maison de disques major, The Rapture semble avoir repris du poil de la bête.
Ensuite, le groupe a fait appel au décidément très demandé producteur Philippe Zdar, moitié de Cassius, pour ces onze morceaux enregistrés entre Brooklyn et Paris.
Cocorico !, car le Français a effectué un travail d’orfèvre tout au long de In the Grace of Your Love. En fait, The Rapture a décidé de ne plus se priver. De rien. Il a même décidé de se faire plaisir, de conjurer le sort et de narguer ceux qui le considèrent comme un énième groupe electro-pop.
Au contraire, ils piochent parmi tout ce qui a pu les influencer, ou seulement chatouillé l’oreille, depuis leur enfance. L’auditeur a donc le droit à du rock psychédélique sur « Blue Bird », de l’accordéon synthético-folklorique sur « Come Back to Me », du disco – funk fiévreux sur « Never Gonna Die Again », de la dance cuivrée 4 étoiles sur « How Deep Is Your Love » - qui n’est pas, comme certains pourraient le croire, une reprise des Bee Gees. Sans oublier le blues canaille de « It Takes Time to Be a Man », qui termine le disque de la manière la plus élégante qui soit, avec force saxophone et piano.
Chaque morceau bénéficie d’un travail de composition irréprochable, et laisse éclater au grand jour la voix, plus belle que jamais, de Luke Jenner. Quant au titre éponyme, délicieusement funk, il ne connaît aucune défaillante, tant mélodique que rythmique, et emporte celui qui l’écoute par la puissance quasi gospel de son refrain.
L’émotion est palpable, comme sur la plupart des autres titres de In the Grace of Your Love, où sont évoquées tour à tour des douleurs banales, mais profondément douloureuses : la rupture amoureuse, le deuil, l’échec, la trahison, la peur de l’abandon... Et pourtant, un inextinguible espoir imprègne l’ensemble du disque. Pour ne pas gâcher plaisir qu’il procure aujourd’hui, le trio peut se targuer d’avoir trouvé le plus beau nom d’album de l’année. In the Grace of Your Love, lourd de sens et propice à réveiller moult émotions, tient sa promesse.
Sophie Rosemont - Copyright 2012 Music Story