The dream is over: après le split précoce du génialissime premier Crimson, les rescapés ont la gueule de bois! Ce deuxième album, loin d'être mauvais, laisse pourtant un goût étrange, teinté d'amertume et de regrets.
La pochette , assez moche (les 12 archétypes, oeuvre de Tammo de Jongh) augure déjà de l'ambiance en demi-teintes de l'album. Le sillage de Poséidon n'était peut-être pas la meilleure voie à suivre pour maintenir le vaisseau du roi pourpre à flots.
Première surprise: Greg Lake, en partance pour ELP, n'assure plus que les vocaux (sauf sur Cadence and Cascade, chantée par Gordon Haskell, on se demande bien pourquoi?). Peter Giles le remplace à la basse, mais son style moins spontané enlève un peu de fraîcheur à l'ensemble. Mel Collins remplace Ian Mc Donald, mais il n'est pas compositeur et bien que technicien hors-pair, le résultat est moins séduisant que dans In the Court.
Pour la première face, on reprend le schéma d' In the Court. Picture of a City singe 21st Century schizoid man, mais avec moins de brio, sans le côté halluciné et incantatoire de l'original. Cadence and Cascade, joli morceau aux effluves exotiques s'écoute facilement mais ne laisse pas un souvenir impourrissable, est-ce la faute à la voix un peu mièvre d'Haskell, futur chanteur dans Lizard et la flûte de Mel Collins n'a plus la douceur angélique de celle de Mc Donald (on rencontre un embryon de ce morceau dans l'album Mc Donald&Giles).
In the Wake of Poseidon, le morceau symphonique de l'album, malgré son mellotron omni-présent n'égale pas et de loin, la magnificence d'Epitaph. D'ailleurs celà commence très mal, avec un thème bancal, limite faux, qui ne retombe sur ses pattes qu'au refrain. Même si la voix de Greg Lake est toujours aussi belle, on peine à retrouver l'emphase du premier album.
Après Peace, a theme, gentil passage acoustique de Robert Fripp à la guitare, arrive Cat Food, qui est certainement la composition la plus originale de l'album. Un genre de rock déjanté, où Keith Tippett, pianiste de jazz s'adonne à une démonstration très (trop?) free-jazz. Le rythme est très syncopé, mais très groovy et Greg Lake y assure une très belle partie vocale, à mille lieues de ses interventions souvent grandiloquantes dans ELP.
L'album se clot sur The Devil's Triangle, morceau oppressant inspiré de Mars de Gustav Holst (les planètes), rythme en 5/4, mellotron angoissant, guitares geignardes de Fripp, idéal comme BO de film d'épouvante.
Robert Fripp est ici le seul compositeur et celà se sent. Ian Mc Donald apportait de la légèreté , du lyrisme et le premier album de Crimson était une oeuvre collective, Greg Lake et Michael Giles ayant aussi amené beaucoup d'idées. Dans ce deuxième album, on sent qu'ils assurent un service minimum, sans grande conviction.
Le line-up d'In the Wake of Poseidon ne verra jamais la scène. Un bel album, quand-même, me laissant une impression de tristesse infinie.
On peut écouter dans le premier album d'ELP, "Take a Peeble", superbe joyau de Greg Lake, qui aurait pu figurer dans l'idéal second album de Crimson.
Après l'édition 30ème anniversaire, Robert Fripp sort celle du 40ème, avec comme bonus principal la version de "Cadence and Cascade" chantée par Lake. Il faut bien rentabiliser les fonds de tiroirs...