CHRONIQUE DE HERVE PICART MAGAZINE BEST MARS 1982 N° 164 Page 47/48
3° Album 1975 33T Réf : RCA PPL.1 4128
J'avoue avoir eu du mal à m'en remettre à l'époque. D'un coup, avec leur hard sulfureux, avec leur pochette provocante, avec leur look de la jungle (c'est alors qu'ils arborent leurs tigrages et mouchetages variés) , les Scorpions avaient rendu pâlots mon cher Led Zep, mon Purple adoré, mon Blue Oyster Cult vénéré. Dangereux gaillards. Mais le groupe était désormais devenu une pure machinerie hard, chromée et trépidante, s'avérant aussi experte en riffs que les maîtres anglais, mais proposant en plus ce je ne sais quoi indispensable, plus continental, un rien de lyrisme romantique (Schiller, Novalis, êtes vous-là ?) qui colorait de façon originale l'ensemble. "In Trance" joue les barbares précieux et invente ce concept cher aux Scorpions de "beauté énergique". Quoiqu'il en soit tout y fait mouche et "Dark Lady", "Robot Man", "Life's Loke A River", "Living And Dying" et les autres vont devenir les morceaux de légende du groupe, inscrivant désormais celui-ci au panthéon du hard suprême.
Du moins l'est-il pour sa musique : il ne lui reste plus qu'à drainer les foules, ce qui va lui prendre quand même du temps. Heureusement, la presse commence à s'exciter sur le cas de ces Teutons, et Roth comme Meine deviennent de nouveaux héros, Rudolf, le boss, étant pour l'heure un peu mésestimé. Je ne suis pas le seul journaleux à m'accrocher à mon lustre : les Allemands n'en peuvent plus et leur fierté nationale se réveille. Mais les Anglais eux-mêmes n'en reviennent pas : Sounds les catalogue dès la sortie d' "In Trance" comme l'un des espoirs N°1 du Hard. Le groupe en profite pour s'aventurer en Albion et raser en un soir le Marquee. Début 1976, sa zone d'action s'agrandit et il voyage dans les bagages d'UFO qui parcourt l'Europe. Très souvent, le gang de Rudolf vole le spectacle au team d'adoption de Michael : il dut y avoir de singuliers coups d'oeil en coulisses.
Mais "In Trance" va surtout être l'album du coup de pouce de la chance car, par un de ces bienheureux et incontrôlables hasards du commerce musical, voilà que les Nippons s'entichent à la folie du disque et le propulsent au sommet de leurs charts. Un artiste allemand n°1 au Japon, cela n'avait pas dû arriver depuis H..... Et cela, ce fut le déclic fantastique, car non seulement le marché japonais est loin d'être négligeable, mais il est surtout surveillé de près par les Américains. Ceux-ci se rendirent compte qu'il y avait quelque chose à faire avec les Scorpions-là, et ce qu'Américain veut, tout le monde en réclame, Franchement Ulrich, Klaus, Rudolf, Francis et Rudy avaient de bonnes raisons de crier "Vive la Trance !"
1976 est l'année où les Scorpions vont commencer à vraiment se faire une place au soleil, ce qui convenait quand même mieux à leur nom. En France, les choses démarrèrent doucement : le Français naturellement soupçonneux pour tout ce qu'il entend pas à la radio, battrait n'importe quel Anglais au "Wait and see". C'est pourquoi les cinq de Hannover jouèrent cette année-là à la Mutualité devant cinquante personnes. Ce fut intime, mais quel tabac ! Au rapport densité de plaisir par assistant, ce fut, je crois, un des concerts les plus compétitifs auxquels il m'ait été donné d'assister, mes bons enfants.