A première vue, cette boîte noire, baptisée, un peu orgueilleusement «Axe Killer Warrior's set », avec le logo du label au centre, ne donne aucune indication du contenu. Car c'est sûr et fière de leur coup qu' Axe Killer présente majestueusement ce coffret regroupant les trois premiers opus de l'ère Scorpions avec Uli Jon Roth (et pré-Herman Rarebell), soit « Fly to the Rainbow », « In Trance » et « Virgin Killer » ; ces 2 derniers représentent deux pièces maîtresses des venimeux Germains.
2 CD, un pour « In Trance », l'autre pour « Virgin Killer », « Fly to the Rainbow » étant scindé en 2 et réparti pour finaliser chacun des disques (ce n'est pas chronologique, mais c'est justifié car moins intéressant - certains le place néanmoins en haut de l'échelle).
Il s'agit, à mon humble avis, de la meilleure période de Scorpions, du moins la plus riche grâce à des compositions aventureuses et diversifiées, avec comme point culminant leur fabuleux live «
Tokyo Tapes ». C'était l'époque où le funambule Uli Jon Roth (aussi appelé Ulrich), traumatisé par Jimi Hendrix (et dans une moindre mesure Jeff Beck, l'instrumental "Night Lights"), donnait, à l'aide de sa Stratocaster incandescente torturée au vibrato et enrichie de wah-wah, des atmosphères « Progressive », « Heavy Rock Hippies », chatoyantes et hallucinées à un Hard-rock classique. Un sérieux contraste entre des rythmiques en béton et le lyrisme du chant de Meine, ainsi qu' une recherche mélodique affirmée, tranché par des soli habités, prenants et expressifs, au feeling énorme, ponctué parfois de lignes de Rock-Progressif. Contraste présent aussi entre la diversité des genres abordés, avec des ramponneaux de Hard-rock vindicatif (Dark Lady, Top of the Bill, Robot Man, Speedy's coming, Pictured Life, Cath your Train, Backstage Queen, Virgin Killer), du Hendrix trempé dans du Metal en fusion(Sun in my Hand, Drifting Sun, Polar Night, Hell-cat), des ballades Heavy tendance progressive et des « Power ballads » (In Trance, Life's like a river, Evening wind, Crying days, Far away). "Longing for fire" et "Far away" ont même un parfum Uriah-Heep. Et malgré tout, une homogénéité liée par une production de maître, celle de Dieter Dierks, qui fut longtemps considéré comme le 6ème membre du groupe. A l'écoute de ces titres, rien ne semblait pouvoir arrêter la créativité de ces Allemands.
Lors de cette riche période, Roth semblait mieux chanter que lors de sa carrière solo, (où malheureusement son chant a terni ses albums solos, qui auraient pu être sublimes -
Fire Wind). Il n'essayait pas de pousser, encore moins de forcer, le peu de voix qu'il possède.
La remasterisation est bonne et redonne du volume et de la dynamique au spectre sonore. Le livret comporte l'intégralité des paroles des chansons, (qui n'ont rien de littéraire ni de passionnant), les photos originales des albums, plus des photos inédites du groupe sur scène lors de la tournée « Lovedrive » (sic !).
Les divergences musicales entre Roth et le duo Schenker/Meine entraîneront le départ, à l'amiable du flamboyant guitariste. Ce qui occasionnera une radicalisation du style Scorpions en perdant tout aspect Hendrixien, coloré, ou Progressif, en gagnant en concision au détriment d'une certaine chaleur. Néanmoins, «
Lovedrive », qui bénéficia de l'aide du petit frère, Michael Schenker, demeure l'un de leur meilleur opus. Et, grâce notamment à des concerts de qualité, Scorpions décolla pour un fulgurant succès mondial.
P.S. : la pochette de l'album « In Trance », oeuvre du photographe Michael Von Gimbut, fait partie des plus belles jamais réalisées. Présentée également en poster dans le coffret.