« In Utero » est l'album de Nirvana qui rassemble probablement toutes les qualités qui nous ont amenées à aimer le groupe de Seattle.
Tout d'abord « In Utero » renoue avec le côté viscéral du rock (et qui nous ramène à « Bleach ») grâce à une production remarquable (le désormais célèbre Steve Albini aux manettes) qui réussit à faire sonner Nirvana exactement comme en live : rageur, hargneux, puissant. La batterie sonne encore plus comme un fracas de tonnerre, le son crade des guitares se fait encore plus tranchant que pour « In Bloom », et les textes sont encore plus affligés (il est question d'anatomie, de chair, de famille éclatée, de viol - enfin, d'anti-viol...).
Puis « In Utero » contient ces fameux titres pop (si caractéristiques au fantastique « Nevermind ») dont le son (on y revient encore) a sans doute un peu mieux vieilli que son prédecesseur (« Rape Me » en tête). On ne dit jamais assez que la plupart des compositions de Kurt avaient une structure plutôt pop et que Nirvana avait finalement plus de similitudes avec les Beatles qu'avec Bush ou Soundgarden (bon, et ceux qui les comparaient à l'époque avec les Guns'n'Roses n'avaient définitivement rien compris...).
Et enfin, il ya quelques ballades sublimes, comme au bon vieux temps de « Polly » et « Something In The Way » (« Dumb », « All Apologies »), où la voix d'angelot fragile de Kurt prend toute sa dimension : une voix d'écorché vif trop sensible, aux épaules trop frêles.
Bon, en somme, les mêmes qualités que pour Nevermind ? Pas tout à fait. Il ressort de ce disque, certainement dû à ce que tout le monde sait déjà (un Kurt Cobain incapable d'intégrer le succès énorme de Nevermind, en pleine dépression, et accro à l'héroïne), à la fois une liberté et une sincérité plus évidentes et plus émouvantes que pour Nevermind. « In Utero » est dénué d'artifices, mais il prend aux tripes. C'est à tout le corps que l'album s'adresse. Même les défouloirs du disque (le fabuleux « Tourette's » !) ont ce supplément de sincérité, de mise à nu, qui élevent Nirvana au-dessus de pas mal de ses congénères de l'époque.
Et puis, il y a ce titre incroyable « Heart-Shaped Box » (dont le clip - aux accents macabres - colle tellement bien au propos et à l'atmosphère du titre, et contient des images tellement saisissantes qu'on s'en souvient encore) qui reste à mes yeux la quintessence de la musique de Kurt : cru, âpre, saignant, mais tellement sincère et déchirant...
Alors bien sûr, les détracteurs s'attaqueront aux limites techniques et musicales du groupe : « Nirvana ? Ils savent jouer trois accords ! ». Et pourtant, beaucoup d'oreilles musicales averties encensent Nirvana.
Charmer avec aussi peu de technique relève soit de la magie, soit du talent. Tout dépend de votre niveau de mysticisme.