Charles Koechlin est né à Paris en 1867. Reçu à l'École polytechnique en 1887, la maladie l'obligea à interrompre ses études ; il entra alors au Conservatoire de Paris, où il fut l'élève de César Franck (1822-1890), de Jules Massenet (1842-1912), de Gabriel Fauré (1845-1924), d'Antoine Taudou (1846-1925) et d'André Gedalge (1856-1926). En compagnie de Florent Schmitt (1870-1958) et de Maurice Ravel (1875-1937), il fonda en 1909 la Société musicale indépendante, dans le but de promouvoir la musique contemporaine. Son « Traité de l'orchestration » en 4 volumes (1935-1943), qui traite en particulier du mélange des couleurs et des nuances et a fait dire au compositeur et chef d'orchestre Heinz Holliger (né en 1939) qu'il est un « alchimiste des sons », reste, aujourd'hui encore, un ouvrage de référence. Koechlin est mort à Canadel (Var) en 1950.
Le neufs Sonatines composées par Koechlin, réparties entre les « Cinq Sonatines » Op. 59 (1915-1916) et les quatre « Nouvelles Sonatines » Op. 87 (1923-1924). Il existe une nette évolution entre les premières Sonatines de l'opus 59, de l'ordre de la miniature, et le développement des mouvements, dans la quatrième et surtout la cinquième Sonatine. Les Nouvelles Sonatines, les seules interprétées ici, reviennent à des dimensions plus modestes, avec une invention mélodique permanente, un savant équilibre des proportions et des climats très variés. Koechlin a écrit : « Dans les Sonatines, on oscille, comme dans d'anciennes chansons populaires, d'une naïveté enfantine à certaine ironie [...] pas si loin de la naïveté ironique d'Erik Satie. »
« L'Ancienne Maison de Campagne » Op. 124 a été composée en 1932-1933, et se rapporte à des vacances passées, alors qu'il était encore enfant, à Wädenswil, au bord du lac de Zurich, dans la propriété de son grand-père. Parvenu au seuil de la vieillesse, Koechlin jette un regard amusé, d'une nostalgie discrète, sur l'univers de son enfance. Cette suite est également empreinte d'un intense sentiment de la nature. Cette dernière apparaît auréolée du merveilleux dont l'imagination enfantine possède le secret, et dont la clé n'a pas été perdue par l'artiste devenu adulte. Par exemple, « Matin dans les bois » transfigure un modeste bois en jungle impénétrable, où l'on entend des fusées d'arpèges en bitonalité qui suggèrent l'agitation de ses redoutables habitants, entrevus dans la pénombre d'une végétation luxuriante... peut-être à l'origine de l'attrait mystérieux qu'exercera plus part « le livre de la jungle » sur le compositeur. « En ramant sur le lac » tire également de la bitonalité un effet visuel suggestif, de même que les septièmes et neuvièmes à vide de la « Ville Fontaine » qui offrent une contrepartie sonore translucide et glaciale à son eau « profonde, cristalline et très froide ». Sur ces harmonies flottent des lambeaux mélodiques en atonalité, à la manière d'une brume entrevue comme dans un rêve. « La leçon de piano », avec sa parodie des sonatines de Clémenti, fait preuve d'un humour « satiste » ; la leçon s'interrompt sur de lumineuses harmonies, lorsque l'élève détourne son attention vers la vraie musique : celle de la nature du dehors. Quant à « La veille du départ », elle mêle l'angoisse du départ à la sérénité du ciel, avec le mouvement immobile de ses nuages...