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En 1971, avec
What's Going On, Marvin Gaye avait ouvertement dépucelé la soul music, laissant de côté bluettes et love stories pour un propos plus réaliste et engagé. Deux ans plus tard, l'autre génie de l'écurie Motown, Stevie Wonder, s'emploie lui aussi à sortir le genre de son carcan pour proposer de vrais albums conçus comme tels, et non comme la simple compilation d'une poignée de singles. Avec
Music Of My Mind, il brisera l'image du gentil Mozart black, se sentant déjà de l'étoffe des grands créateurs comme Marvin Gaye, Sly Stone ou Isaac Hayes. Il n'a que 23 ans lorsque sort
Innervisions et, déjà, il compte pas loin d'une vingtaine d'albums à son actif. Totalement maître de sa musique (il joue presque la totalité des instruments !) et de sa prose (drogue, ghetto, spiritualité, tout y passe), Stevie Wonder soigne chaque recoin de ce disque, proposant des sonorités nouvelles pour l'époque. C'est surtout sur
Innervisions qu'il accomplit le mieux sa fusion de soul, de rhythm'n'blues, de blues et de pop music. Sommet de cet art, le tubesque "Higher Ground", vigoureusement repris par les Red Hot Chili Peppers seize ans plus tard sur
Mother's Milk. Un des maîtres étalons de la soul des 70's.
--Marc Zisman
Critique
Utilisant les mêmes ingrédients que son prédécesseur,
Innvervisions pourrait être le frère jumeau de
Talking Book. Enregistré avec sa fidèle équipe au Record Plant de Los Angeles et à New York, immergé dans un univers de pianos dont Wonder ne cesse d’explorer les possibilités, faisant appel à quelques pointures des studios pour un solo de guitare ou une ligne de congas (afin de ne pas se sentir trop seul) et de multiples chœurs, il serait aisé d’attribuer tel titre à l’un ou l’autre de ces albums...si ce n’était la nature plus engagée de ce nouvel opus.
Dès
« Too High » et son refrain scat, Stevie prévient des dangers d’addiction aux drogues « planantes ». Le climat tempéré de l’introspectif
« Visions » n’est que le prélude à la violente diatribe de
« Living For The City », dénonçant la condition des Noirs maintenus dans la pauvreté à travers le portrait d’un
bad boy. Le ton de Wonder se fait grave. Il se radoucit dans l’ode à une
« Golden Lady » de passage. Dans
« Higher Ground » et
« Jesus Children Of America », l’auteur se penche sur les bienfaits de la méditation et de son expérience des religions orientales. Le dernier titre
« He’s Misstra Know-It-All » (« Ce Monsieur Je Sais Tout ») s’attaque directement à Richard Nixon, coupable d’avoir anéanti les responsabilités de sa fonction présidentielle dans la désastreuse affaire du Watergate. Stevie Wonder entend ainsi répondre aux accusations de mièvrerie dont il est l’objet par les critiques musicaux. Malin, il les embarque dans un bus pour un tour en ville aux sons de « Sound Of The City », le visage masqué, leur faisant tâter de sa réalité de musicien aveugle. Cette fois, les scribes sont conquis par les subtilités d’
Innervisions qui ne cède en rien à l’extraordinaire palette instrumentale dont fait preuve le merveilleux musicien, livrant un disque intemporel.
Loïc Picaud
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