Innocence est un film à part. Premier film d'auteur diront les uns, film "art et essai" diront les autres. Il est à part parce que le rythme est lent, parce que l'atmosphère est prise entre oppression, gravité, légéreté. Il est troublant car les spectateurs de ce film sont des adultes qui regardent un groupe de jeunes filles en couettes, jupettes et socquettes blanches qui, elles, vivent dans leur monde clos avec leurs angoisses et interrogation d'enfants. Ce film place les adultes en position de voyeurs. C'est clairement exprimé dans les images et le scénario où le comportement des fillettes est orienté vers la soumission à un ordre qu'elles ne comprennent pas (celles qui ne se soumettent pas meurent ou disparaissent). C'est clairement exprimé par ces images où les fillettes dansent ingénuement devant un public de théâtre que l'on ne voit pas mais que l'on sait adulte et qui se rince l'oeil en payant (c'est aussi dit).
J'ai eu le sentiment diffus, en regardant cet univers claustral, de me trouver dans un harem occidental ou une sorte de maison close dans laquelle les fillettes étaient soumises à un élevage en batterie pour être consommées plus tard. Cela donne une impression de malaise permanent. L'architecture est froide, la maison distante, les rires presque absents. On passera sur la scène de bain dans la rivière où le spectacle de ces fillettes peut soit faire rire, soit baver d'envie. De même celle où cette jeune fille de 12-13 ans se caresse avec un gant trouvé ! Rappelons que de "beaux esprits éclairés", et pas des moindres, s'ingéniaient il n'y a pas si longtemps que cela à justifier les amours enfantines !!
En tant qu'homme, et père d'une fillette dans la tranche d'âge de celles qui jouent, ce film me choque et me révulse.
La réalisatrice se défend en disant qu'elle a voulu procurer un regard d'enfant sur le monde qui les entoure. "C'est comme ça..." dit-elle en évoquant ces évènements quasi-surnaturels qui adviennent. Film sur la période d'enfance qui s'achève à l'adolescence (la fontaine finale), film sur les angoisses d'enfant dans un monde sans affection ni parents, ce long-métrage laisse un trouble morbide. On peut apprécier le montage, le parti pris esthétique sur les décors et la lumière mais sur le fond, c'est un reflet glauque et triste qui est projeté. Je n'y peux rien, "c'est comme ça" aussi pour moi.