Avant de devenir un pilier du label Teldec, -une collaboration inaugurée par la parution en 1963 d'un album consacré à l'école de Mannheim, puis de "Concertos Brandebourgeois" révolutionnaires, Nikolaus Harnoncourt honora quelques microsillons pour Vanguard, quand la musique ancienne crédiblement (voire authentiquement) exécutée restait encore très peu enregistrée.
Le présent CD réédite un disque capté en 1961 (pour les archivistes, cote originale du LP : BG 626), huit ans après la fondation du Concentus Musicus.
Le programme de quarante-cinq minutes se présente comme un panorama de quelques compositeurs français, anglais, allemands et italiens, à la charnière de la Renaissance et du Baroque : un récital de Fantaisies, Pavanes, Gaillardes et Canzone servi par violes et violons d'époque. Avec l'intervention de flûte à bec et trombone pour les pièces de Giovanni Gabrieli, Gioseffo Guami, Tiburtio Massaino et les variations sur la célèbre mélodie "Il estoit une fillette" d'Eustache Du Caurroy.
Les danses d'Etienne Du Tertre s'adjoignent aussi le tambourin pour marquer le rythme.
D'un pays à l'autre, l'interprétation du Concentus invente ici une homogénéité au langage instrumental de l'Europe du temps : une approche uniforme qui tend à estomper les caractères stylistiques nationaux regretteront peut-être certains mélomanes.
En tout cas, la cohésion des archets, l'instinct musical, la chaleureuse probité de l'équipe viennoise s'écoutent avec une gratitude qui excède la nostalgie discophilique.