Un album intimiste et tendu où les influences sont multiples : on peut reconnaître des bouts de TheCure ou de Depeche Mode... mais à la sauce Wilson, identifiable entre mille ! Ses effets Lo-Fi sur les voix et les guitares sont en effet toujours là, ses nappes synthétiques et ses ambiances éthérées et planantes sont également de la partie, plus denses et profondes que jamais (parfois ça vire au "mur du son" avec un impact de folie).
Egalement au rendez-vous, sa façon très psychédélique d'entremêler sons et mélodies, et puis son chant, évidemment, imposant son rythme et sa sombre mélancolie, qui termine de définir l'empreinte sonore de Steven Wilson.
De ce côté là, on est en terrain connu et la personnalité de Wilson transpire dans chaque morceau.
Cependant, ce n'est ni un album de Porcupine Tree, ni un album de Blackfield, ni un album de No-Man... Insurgentes réunit des ingrédients des différents projets de SW, mais y apporte quelque chose de plus : un accent jazz par-ci, une note electro/indus par-là, une référence à un groupe ou un genre de musique jusqu'alors non abordé, le tout tissé de psychédélisme d'une classe folle !
L'effet que me fait d'ailleurs Insurgentes dans sa démarche (et non pas dans son résultat) est le même que le projet Tomahawk de Mike Patton : un compositeur/interprète prend toutes les influences musicales qui l'ont marqué, met le tout dans un shaker, secoue un grand coup, et nous sert un album très varié, très riche, très dense et très "tendu", dont la cohérence est portée par l'univers sonore extrêmement fort du bonhomme...
Enfin, si je ne devais retenir qu'un seul morceau, ce serait : "No Twilight Within The Courts of The Sun" et ses guitares sublimes à la Omar Rodriguez-Lopez, sa montée tout en crescendo basée sur une rythmique basse/batterie à la King Crimson, et soudain, coupure nette et chant de Wilson inhabituel, intense et habité... et puis le passage instrumental psychologique de la 2ème partie du morceau, sa basse et son piano groovy, ses arpèges délicates, et le chœur de voix aériennes m'humidifient les yeux ! Le final, mur du son Porcupinien, est super puissant... :o
En fait, peu d'albums - même de PT - m'ont émue à ce point. J'ai le sentiment que Wilson a monté une marche certaine dans la gestion de l'émotion : Insurgentes est un projet accessible et complexe, touché par la grâce...
NB : A noter que la prod, une fois de plus, est sublime (surtout en 5.1) !