Il y a 25 ans, Daniel Balavoine disparaissait dans un accident d’hélicoptère lors d’une mission humanitaire en Afrique, en marge du Paris-Dakar. A l’occasion de cet anniversaire, sa maison de disques ressort l’intégrale de ses huit albums et un CD bonus. Toujours populaire, le chanteur à la voix exceptionnelle, est pourtant rarement cité par les artistes de la génération actuelle, comme un modèle musical influent. Cette intégrale rappelle son talent d’auteur-compositeur, qui a beaucoup évolué jusqu’à l’album Sauver L’Amour, marqué par l’instrumentation électronique.
Daniel Balavoine sort son premier 33 tours en 1975, De Vous à Elle en Passant par Moi, qui ne se distingue pas, suivi d’un album-concept en 1977, Les Aventures de Simon et Gunther. Le projet est audacieux, il raconte l’histoire de deux frères séparés par le Mur de Berlin. Peut-être trop novateur, il laisse encore de marbre le public, malgré quelques bons titres dont « Lady Marlène ».
Le Chanteur, en 1978, se vend, lui, à 800 000 exemplaires, et coïncide avec l’explosion de l’opéra-rock Starmania. Au-delà du hit « Le Chanteur », l’album vaut le détour pour « France », un morceau percutant sur sa vision des hommes politiques, où Balavoine écrit « Ils aimeraient bien tous te séduire / à n'importe quel prix /pour que tu leur donnes ta voix ». Paradoxalement, son quatrième album Face Amour/ Face Amère ne contient aucun tube ! L’excellent « Rougeagèvre », morceau très rock de plus de 5 minutes, dont un long solo de guitare électrique conclut ce disque incompris. Un Autre Monde, publié en novembre 1980, repositionne Daniel Balavoine en leader. « Mon fils, ma bataille », « Je ne suis pas un héros », « La vie ne m’apprend rien », autant de succès qui inscrivent définitivement l’artiste dans un registre « social engagé ».
Passionné de musique anglo-saxonne, Balavoine ne cesse de travailler le son. Il convie de nouveaux musiciens pour Vendeurs de Larmes, dont le batteur américain Joe Hammer. Le succès est à nouveau au rendez-vous avec « Vivre ou survivre », « Dieu que l’amour est triste » et le moins connu « Soulève-moi », sur la prostitution. Le virage musical se poursuit après son premier Paris-Dakar en Afrique qui donne sa couleur au sublime Loin des Yeux de l’Occident. Ce septième album combine textes puissants, impulsions rock, et ce qu’on pouvait appeler de la world music. L’ombre de Peter Gabriel est omniprésente. On retient « Pour la femme veuve qui s’éveille », « Revolucion » sur les dictatures et le prémonitoire « Partir avant les miens ».
Sauver L'Amour, l’ultime album, est son plus gros succès. Il synthétise l’art de Balavoine dans sa perpétuelle recherche musicale. A l’affût des nouvelles technologies, l’artiste est l’un des premiers Français à utiliser le sampleur Fairlight CMI, qui lui permet de programmer, d’échantillonner des sons, et de construire des rythmiques. Le disque touche par la force de son discours, de « L’Aziza » à « Tous les cris, les SOS », en passant par « Un enfant assis attend la pluie », un titre qui résume bien les derniers mois du chanteur, le regard tourné vers l’Afrique.
Le 9
e CD présente des titres de Starmania (« SOS d’un terrien »), deux remixes inutiles (« Sauver l’amour ») et des inédits dont la belle « Minute de silence », en duo avec son créateur Michel Berger. Autres curiosités, « Alors…heureux ?», extrait de la BO que Balavoine a composé pour le film du même nom, et « Lâchez mes cassettes », ainsi que « Belle » issus du conte Abbacadabra. Une plus-value pour les fans, et surtout un bon prétexte pour (re)découvrir une œuvre dense.
Paula Haddad - Copyright 2013 Music Story