Même les plus athées constatent un jour les miracles : cette nouvelle série de parutions chez le courageux éditeur Neos intitulée "Weinberg Edition" promet de belles surprises et la découverte d'inédits au disque. Après une fabuleuse restitution de l'unique opéra jusqu'aujourd'hui capté, La Passagère, (voir ma critique sur Tutti Magazine), le monde musical semble avoir pris conscience, à la suite de la rétrospective Weinberg présentée au festival de Bregenz en Autriche, de l'importance de l'oeuvre du très grand compositeur russo-polonais. Néos propose ainsi un premier lot de découvertes dont ce second volume, consacré à la symphonie n°17, enregistrée en public.
Composée entre 1982 et 1984, dédiée à Fedosseiev qui l'interprète ici, elle est la première d'une trilogie. Son titre "Mémoire" se réfère aux souvenirs que le compositeur a gardés de la seconde guerre mondiale. L'orchestration est opulente et passionnante.
Une longue plainte aux cordes entame le mouvement. Le thème est contrepointé aux basses et quelques frottements harmoniques et dissonances impriment douleur et tristesse. L'entrée des clarinettes, dicrètes, intervient à 3'00 alors que meurt lentement le thème initial. Les cuivres viennent, sur le même schéma. On reste dans un climat d'attente. Le thème des cordes tourne sur lui-même et n'est pas réellement développé. La clarinette s'individualise par des appels en intervalles, toujours taraudée par les cordes. La flûte vient en renforts dans l'aigu et brièvement. Mais les cordes continuent seules, toujours dans les nuances douces jusque vers 7'15 où l'intensité augmente un peu. Une minute plus tard, tout s'apaise à nouveau alors qu'un soubresaut semblait partir sur autre chose. A l'extrême fin, de très discrets roulements de timbales finissent pianissimo, mystérieusement.
Dans l'Allegro molto, le piano fait son entrée et tourne sur lui-même alors que les vents donnent des touches de couleurs dans les aigus. On ne sait pas où Weinberg veut nous mener. Les répétitions du piano s'entendent jusqu'au moment où il dialogue en petits échanges avec les vents. Le thème du piano est repris aux cordes insistantes puis entrent les cuivres (cors) qui répondent aux cordes (v I.II). Des groupes échangent sans arriver à dialoguer réellement. A 3'40 une motorique se met en place, l'intensité répétitive des cordes augmente mais cède la place un moment aux vents. Enfin, le tournoiement initial reprend aux cordes. Un tuba envoie des appels inquiétants alors que trompettes et cordes s'affolent. Les timbales se font entendre à 6'00 et les cordes prennent définitivement le chant. Stylistiquement, on est très proche de Chostakovich. Un rythme insistant (3 longues, 2 brèves, 2 longues) fait son entrée avant l'apaisement général, car le crescendo sous-entendu n'aboutit pas. Les bois jouent des arabesques sur des pizzicati avant un nouvel appel des cors, plus forts. Les cordes s'énervent en figures rapides, le rythme obsédant revient en tutti sur des accords cuivrés. Ce rythme martelé et soutenu débouche sur une entrée très inattendue dans un tel contexte du clavecin (12'00), très doux. Violon solo, cordes, spacialisation des pupitres avec solos de hautbois, flûte, basson et clarinette : total contraste avec ce qui précède ! A 15'00, les cordes reprennent le chant sur le rythme insistant et invariable aux percusssions, dans une sourde attente. Les cordes s'élèvent dans le suraigu, accompagnées par le piano, et font entendre des figures sonores très spéciales et inquiétantes. Les bois achèvent sur un tapis très doux des cordes.
Le troisième mouvement entame par des cordes vigoureuses très appuyées en noires rythmiques. Les cuivres restent dicrets et renforcent les accents rythmiques avant de prendre une mélodie assez découpée dans la nuance forte. L'apaisement intervient à 3'20 avec le dialogue entre la flûte, la clarinette et le hautbois. Les cordes enchaînent en douceur, la flûte développe la thématique sur fond de pizzicati avant le retour des cordes seules en noires rythmiques. Le xylophone et les percussions entrent et transforment le tout en une espèce d'horloge sonore déréglée. La fin est abrupte, sur un coup de timbale.
Le Finale Andante entre sur la douceur des clarinettes soutenues par des pizz mystérieux. Les cordes suivent, arco, doucement mais dans l'aigu avant d'être rejointes par les clarinettes et les pizz. Les cuivres chantent dans le lointain comme des appels, la flûte dialogue avec la clarinette et le cor solo sur des tenues douces aux cordes. A 5'15, un rythme de danse typique de Weinberg s'installe sur un 4/4 au pizz des basses et dialogue avec les autres familles. L'esprit général est ici très proche de Mahler. L'animation progresse avant une reprise des cordes seules, interrompues par les trilles des trompettes et un rythme qui se dilate pour devenir complètement irrégulier. Les cuivres dominent un moment alors que la timbale semble vouloir remettre de l'ordre et du rythme. L'intensité augmente, les appels des cuivres se font de plus en plus pressants. Un coup de cymbales rétablit un semblant de régularité avec les cordes et les tenues cuivrées. Mais des figures irrévérentieuses perdurent aux vents alors que triangle et xylophone s'affolent quelques secondes. Accords de cuivres jusqu'au forte puis à 11'40 tout redevient pianissimo avec l'arrivée d'un célesta et d'un violon solo secondés par la douceur des cordes. Flûte et clarinette chantent dans l'aigu. La danse revient avec pizz et violon solo. D'étranges échanges entre familles interviennent, le xylophone joue sur les cordes puis tout s'anime. Le rythme de danse devient insistant en tutti et une verticalité brute achève sèchement.
L'investissement de Fedosseiev ne fait aucun doute, et l'orchestre symphonique de Vienne est la formation de luxe qu'il fallait pour cette oeuvre. Présentation succinte mais en français.