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Intéressant, 5 octobre 2008
L'évaluation d'un enfant
Ce commentaire fait référence à cette édition : Internet et la Chine (Broché)
Pierre Haski montre comment Internet a changé la Chine : modernisation du pays, modification de circulation de l'information, émergence d'une opinion publique virtuelle. Le gouvernement a habilement négocié ce virage en assurant un contrôle fort et en continuant à influencer la vision des Chinois sur le monde.
L'essai donne divers exemples de l'application du contrôle et de la censure.
Par exemple, chaque jour, les rédactions reçoivent la liste des sujets à éviter, où les informations à mettre en avant, selon les priorités du moment. Un contrôle étroit dont ne sont pas exempts les étrangers. Un éditeur étranger doit passer avec un partenariat officiel. Madame Figaro a dû se marier avec La Ligue de la jeunesse communiste pour pouvoir publier en chinois. Le groupe Hachette, après une longue étude, a préféré jeter l'éponge et ne pas se soumettre à ce genre de contrôle.
Les événements du 11 septembre : pendant trois jours, l'attentat du WTC faisait la une ; le quatrième jour, une directive a enjoint les rédactions a relégué l'événement en page intérieure et à limiter le traitement pour ne pas troubler l'opinion et la croissance.
L'irruption d'Internet en 1995 changea la donne avec la possibilité théorique pour les citoyens d'avoir accès à tout type d'information. A la fin 2007, on comptait 210 millions d'internautes, 49,5 millions de blogs et un taux de pénétration de 16% contre 19% dans les pays industrialisés.
La Chine a vu l'émergence d'une opinion publique virtuelle, capable de se faire entendre et de peser sur les décisions politiques tout en révélant au grand jour des cas d'injustice et de corruption. Le blogueur Zola, entre journaliste citoyen et Robin des Bois moderne, en est un parfait exemple.
Le gouvernement avec sa politique de veille sur Internet peut suivre les événements et réagir dès lors qu'il perçoit le potentiel explosif de l'affaire.
Le Parti n'hésite pas à frapper pour montrer aux internautes qu'on ne peut aller trop loin, 49 internautes sont en prison, le but est notamment de faire peur aux 200 millions.
Haski détaille le déroulement de l'affaire du Tibet qui montre bien de quelle manière peuvent être manipulés les internautes et comment les Chinois peuvent avoir une lecture opposée des événements. Il relate aussi le scandale Yahoo qui plia sous le joug totalitaire.
Les géants mondiaux, comme Google ou Ebay ont des difficultés à trouver leur place de leader en Chine ; la concurrence locale est rude. Les Chinois ont pour eux la connaissance des codes culturels, les soutiens de l'Etat, les relations personnelles et institutionnelles indispensables pour réussir en Chine, avec ce que cela implique comme compromission avec le Parti.
Mais il faut reconnaître que les Occidentaux ne jouent pas sur le même terrain et que les dés sont un peu pipés.
Contrôle, mais contrôle pour qui ? Beaucoup de jeunes chinois se soucient peu ou pas de démocratie et ce contrôle ne les gêne guère.
Ce court essai de 121 pages donne une synthèse réussie de la problématique de l'Internet chinois en alliant avec bonheur explications et anecdotes,ce qui rend le livre vivant et captivant. L'auteur a bien connu le problème de la censure puisque lors de son séjour à Pékin, l'accès à son blog a été bloqué 6 mois jusqu'à l'avant-dernier jour de sa présence en Chine. Pourquoi ? « C'est bête mais c'est comme ça ! » , lui a-t-on dit.
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