Tout lâcher, tout larguer, faire son Jack London, son Kerouac, son Segalen ou autres grands baroudeurs... Tailler la route, oser la simplicité et le dénuement en pensant aux moines pèlerins et poètes du Japon médiéval, poursuivre l'impossible quête des nomades de tous les temps, de tous les lieux, vouloir retrouver une forme de pureté naturelle, quitter ses costumes brillants et dérisoires de consommateur avide, partir, tout simplement partir... Ca titille (presque...) tout le monde. Et Sean Penn aussi, donc, qui a réalisé ce film à partir d'un livre best-seller retraçant une histoire vraie des années 90.
Je n'ai pas lu ce livre. Le film m'a emballé...même si je sens bien qu'un regard un peu pointilleux et critique pourrait y déceler des "facilités" et une forme d'esthétisation parfois déplacées. Au fond, je m'en fous. Ce film, même avec ses défauts, je l'aime. Il ne me propose ni un modèle, ni une leçon... Chaque rencontre que fait le héros est une histoire singulière et pas une construction logique ou dramatique. J'aime ce film parce qu'il parle de quelque chose d'essentiel, de ce désir là de départ et de solitude, et qu'il le fait avec tous les moyens du cinéma, conciliant à merveille plaisir des yeux (la photo !), des oreilles (la BO !), entre attraction et peurs, entre évidences et erreurs... Car ce qui est intéressant aussi, c'est la dimension psychologique de ce "héros" en quête d'identité, aux prises avec une histoire familiale qu'il fuit, davantage peut-être que la société. Pas de manichéisme. Ce voyage est une initiation qui finit mal, une quête inachevée... ou peut-être pas, quand on revoit attentivement la scène finale. Ce film est donc bien mieux qu'une ode pseudo romantique, rousseauiste et vaguement misanthrope. Il fait réfléchir à notre conception du bonheur et chacun fera son miel de ce film là, comme aurait pu dire Montaigne, lui-même grand voyageur mais aussi grand sédentaire...