Une anomalie. De gros riffs heavy-metal (Jim Martin); une basse puissante, lourde et funky (Billy Gould); une batterie sèche et violente (Jim Martin); des claviers atmosphériques volontier planants (Roddy Bottum). Et quelle voix ? Elle aurait pu être celle de Courtney Love, auditionnée. Mais c'est Chuck Mosley, un punk noir dérangé, au timbre rauque et parfois faux, sans trop de puissance mais avec une personnalité unique, genre poète de la rue déjà bien entamé par l'alcool. Le son est caractéristique dès les premières notes, reconnaissable entre mille. Les compositions aussi, mélange d'inventivité post-punk, de métal bien lourd, de hip-hop primitif, de mélodies aériennes et tant d'autres joyeusetés encore. L'ensemble fait style, la voix grave de Mosley se taillant un chemin parfois caillouteux à travers le mur du son du groupe, pour délivrer ses textes bizarres, drôles, des histoires pas claires de fêtes bien barrée "Anne's song", de ruptures sentimentales douloureuses "The Crab Song" et autres réflexions sarcastiques sur la bonne conscience des artistes caritatifs, génial "We Care a Lot". Chuck éructe, coasse, croone comme il peut, rap en freestyle, "R n'R", "Chinese Arithmetic" ou vomit ses textes avec l'urgence d'un punk, "Introduce Yourself". Derrière lui, la machine Faith No More développe une puissance de feu avec sa rythmique claquante, ses guitares monstrueuses, lourdes et virevoltantes, ses textures de claviers menaçantes qui soulèvent l'ensemble, lui confèrent un aspect aérien, sans oublier de jouer les choeurs en harmonie avec le chanteur déglingué. Tout fusionne, le hardcore, le funk, le hip-hop, le heavy metal, la pop, dans un melting pot iconoclaste et sans précédent. Si quelques morceaux ne sont pas à la hauteur (Death March, Blood, Spirit), le fabuleux "Faster Disco" donne en entrée de jeu le ton des grands morceaux du groupe : textes étranges, mélodie implacable, interprétation ravageuse ne laissant plus rien debout sur son passage. Une vraie pochette surprise sonore.