Tzvetan Todorov définit avec une grande précision le fantastique littéraire et offre une définition aux contours très nets, loin de ce que nous appelons communément le fantastique, notamment au cinéma.
Dans un livre d'environ 200 pages, il crée des frontières entre ce qu'il appelle l'étrange pur, le fantastique-étrange, le fantastique-merveilleux et le merveilleux pur. Toutes les définitions sont agrémentées d'exemples riches allant des "Mille et une nuit" à "La Morte amoureuse" de Théophile Gauthier, pour n'en citer qu'une infime partie. Les définitions et les exemples sont détaillés avec une extrême finesse.
Ainsi à l'intérieur du "merveilleux pur", le critique fait la différence entre le" merveilleux hyperbolique" qui exagère la grosseur des animaux ou des objets, le "merveilleux exotique" qui fait d'un rhinocéros un prédateur redoutable de l'éléphant et le "merveilleux instrumental" dans lequel apparaissent de petits gadgets irréalisables à l'époque décrite.
Sa définition du fantastique est basée sur l'hésitation entre une interprétation rationnelle et irrationnelle de l'événement décrit. Ce genre repose, d'après lui, essentiellement sur ce doute inextinguible. Le fantastique ouvre la porte aux mystères auxquels tout homme est confronté: l'homme est-il fou ou des mondes parallèles existent-ils? Les sens humains sont-ils suffisants pour mesurer ce qui existe?
La définition de Todorov est assez limitative et diffère de celle de P-G Castex qui "parle d'une intrusion brutale du mystère dans la vie réelle" ou de celle de Roger Caillois qui indique que "l'intervention du surnaturel doit obligatoirement aboutir à un effet de terreur."
Si la définition de Todorov est de loin la plus convaincante parce qu' elle repose sur une analyse fine de ses limites, il n'en reste pas moins que ce genre et registre reste encore soumis à une interprétation polysémique. L'unification reste à construire!