Le pianiste Lennie Tristano perdit la vue à l'age de neuf ans, cela ne l'a pas empèché de devenir un des musiciens les plus originaux de l'après guerre.
De formation classique, son maitre était JS Bach, il jouait en plus du piano de la trompette et de la batterie, très tôt il su s'entourer de musiciens aussi exigeants et originaux que lui, se démarquant du bop de Charlie Parker et allant chercher leurs influences aussi bien chez Louis Armstrong que chez Darius Milhaud, Claude Debussy ou Arnold Schonberg. Un journaliste américain avait même surnommé le trio Tristano/Lee Konitz/Warne Marsch les Webern/Schoenberg/Berg du jazz.
Ce disque comporte deux sessions, le première "Jazz of Two Cities" voit Warne Marsch et Ted Brown tous deux sax ténor en découdre accompagnés du pianiste Ronnie Ball, du bassiste Georges Tucker et du drummer Jeff Morton.
La sonorité ample de Ted Brown se marriant à merveille avec celle plus frèle de Warne Marsch, on pourra citer les excellents "Lover Man" et "Smog Eyes" en exemple de ce jazz totalement original (souvent les deux sax jouent à l'unisson) et pourtant diaboliquement accessible.
La deuxième session réunit l'altiste Lee Konitz, Marsch, Lennie Tristano, le guitariste Billy Bauer, le bassiste Arnold Fiskin et le batteur Dewill Best, tous élèves (sauf Best) du maitre Tristano.
On pourra donc se régaler des aériens "Marionette" et "Sax of A kind" ou Lee et Warne nous gratifient de merveilleux contrechants (contrepoints) tout en finesse, mais que dire des mélancoliques "Wow" et "Yesterdays" joué en duo par Tristano et Bauer, un des guitaristes les plus doués et les plus méconnus de sa génération ?
Quant aux déroutants "Intuition" et "Disgression" ils sont une tentative de réunir jazz et musique comtemporaine, un pont vers un autre monde que Jimmy Giuffre et Ornette Coleman on du beaucoup écouter...