Enfin! Ce livre signe sinon un renouveau, tout au moins le retour à une certaine forme pour Paul Auster. Le dernier roman de lui que j'avais apprécié, sans pour autant le trouver superlatif, était
Le livre des illusions. Sans égaler ces sommets de sa production qu'ont pu être
Moon Palace,
La Musique du hasard,
Mr Vertigo ou, dans un autre ordre d'idée,
L'Invention de la solitude, Invisible le voit revenir à ce qu'il sait faire le mieux: élaborer des mécanismes narratifs (relativement) complexes et piéger le lecteur tout en lui proposant de réfléchir à l'art de la narration et à la manipulation à laquelle il est soumis.
Invisible donne la parole à plusieurs narrateurs, sous des formes différentes (récits, manuscrits, lettres), l'histoire se déroulant entre New York, Paris et une petite île des Caraïbes entre 1967 et 2007. Sans déflorer quoi que ce soit, on ne cachera pas qu'on trouve plus convaincante la première moitié, celle de la mise en place et des années 60 - Auster revient ainsi à ses propres années de formation, et à son amour pour la France et la littérature française, et cela se sent. Le personnage de Rudolf Born, Français qui intrigue (dans tous les sens du mot), semblera sans doute bien fabriqué aux yeux de beaucoup. Mais outre qu'avec Auster, cela sent toujours la fabrique, et c'est même jusqu'à un certain point conçu pour cela, ce n'est pas bien gênant puisque l'essentiel est ailleurs.
Comme souvent, Auster se pose la question du lien entre identité et vérité, les deux étant mises en crise par les récits et les narrateurs successifs. Comme je le disais, j'avoue que je n'avais pas été autant pris par une de ses constructions depuis un bout de temps, mais il faut bien admettre que même si l'on comprend à peu près là où il veut en venir, la fin semble dégonfler de façon assez déstabilisante ce qui précède. Peu importe, pour ceux qui ont aimé à un moment ou à un autre les constructions d'Auster, ce livre-ci vaut qu'on renoue avec lui si on l'avait un peu délaissé ou si l'on avait été déçu depuis quelque temps. Que les réfractaires sachent en revanche que ce n'est certes pas ce roman-là qui les fera changer d'avis.
Je précise que j'ai lu ce livre en anglais et n'ai pas regardé la traduction. Comme c'est Christine Le Boeuf, sa traductrice habituelle, qui oeuvre ici, il ne devrait pas y avoir de grandes surprises.