Invisible Touch, avant-dernier album studio de Genesis, est généralement considéré comme un des moins réussis avec Abacab (1981). Force est de constater, malgré tout, que si l'album est terriblement orienté pop-rock (et quasiment plus progressif : deux titres seulement sont dans ce registre, à la rigueur), il n'en demeure pas moins une réussite dans son domaine. Proche des productions solode Phil Collins (qui a démarré sa carrière solo en 1981 et était, en 1986, une grosse star, déjà), Invisible Touch est rempli de tubes jusqu'à la gueule (pour vous dire : l'intégralité de la première face est sortie en singles).
L'album contient 8 titres (ou 9, si on divise le long Domino en deux parties ; mais l'ensemble est quand même réparti sur une seule plage audio de 11 minutes), et dure dans les 46 minutes, l'offre est donc généreuse, les morceaux, plus ou moins longs. Protégé par une pochette d'une laideur absolue (et totalement dans le style 'modernisme pop' des années 80), Invisible Touch est un disque pop et entraînant. En exemple, Invisible Touch, un tube très court et efficace, qui ouvre l'album. Ce n'est pas le meilleur titre de l'album (ce n'est pas non plus le pire, qui est indéniablement l'ouverture de la face B, Anything She Does), mais ça reste très sympa. Bien plus réussis sont le long Tonight, Tonight, Tonight, chanson très sombre et synthétique de près de 9 minutes (raccourcie considérablement en single) et le tube Land Of Confusion, très rock, dont le clip était hilarant (et mettait en scène l'équivalent anglais des Guignols de l'Info). L'album offre aussi son lot de slows : Throwing It All Away (parasité, en live, par une improvisation vocale de Collins, di-ho-héééééé, hééééééé) est une petite merveille, bien qu'il m'ait fallu du temps pour vraiment l'aimer. Et In Too Deep est une merveille douce, tendre, émouvante, mélancolique.
Après, Invisible Touch sait aussi être progressif, mais comme je l'ai dit plus haut, l'aspect progressif, ici, est réduit à son strict minimum. The Brazilian, qui achève l'album, est un instrumental technoïde et synthétique, sombre et prenant, un titre exemplaire dont les percussions (de Collins, qui joue de la batterie sur tout disque sur lequel il se trouve) font vraiment latino, par moments. Et il y à le long et démentiel Domino, assurément le sommet de l'album, et le dernier sommet progressif d'un groupe dès lors acquis à la cause pop-rock. Première partie, In The Glow Of The Night, est ma préférée, et est assez sombre et lente. Après un passage assez calme, la seconde partie commence, avec Collins chantant In silence and darkness. La second partie, mouvementée, énergique, remplie de synthés (au point qu'en live, ça passe parfois comme une bouillie sonore, j'en ai fait l'expérience au Parc des Princes 2007), s'appelle The Last Domino, et est fantastique, mais moins subtile. You gotta go, domino, do you know, do you know what you become ?
Invisible Touch ne plaira pas aux fans du Genesis de la première époque, et même de la période 1976-1977. Mais un amateur de pop rock et de Phil Collins (qui ne signe pas tous les titres, loin de là) devrait apprécier. C'est un disque bien produit, qui détend, à écouter en fond sonore, en voiture, avec des amis. C'est sans prise de tête. C'est totalement réussi dans son genre. Oui, c'est pop. Et alors ?