Un premier album avec son père. Un deuxième vingt ans plus tard, dans un registre techno pop éthéré, avec Air, remporte un succès d’autant plus considérable qu’on imagine Charlotte Gainsbourg un tantinet dilettante par rapport à sa carrière de chanteuse. Depuis, des films, dont l’explosif Lars Von Trier qui lui vaut le prix d’interprétation à Cannes, un accident vasculaire cérébral dont la conséquence est le titre de cet album (on y entend d’ailleurs un son de la machine à résonance magnétique, samplée pour l’occasion), et ce nouvel album usiné par le gentil scientologue Beck.
On sait le culte voué par le Californien à Serge Gainsbourg, et ce projet induit par leur rencontre fortuite lors de l’enregistrement de
5’55 a manifestement généré toute l’implication possible de l’elfe bricolo. C’est d’ailleurs le meilleur album de Charlotte Gainsbourg à ce jour, et une collection de chansons qui ne peut pas se débiter en tranches, il y a une couleur générale, en dépit de la grande versatilité des inspirations qui implique l’écoute continue.
Rock, boogie, low-fi, nappes symphoniques, arrangements pernicieux, Beck a tout tenté, tout mis au service de sa muse du moment. Ses émotions personnelles, nées d’une immersion de longue date dans l’oeuvre de Serge, sont ici évoquées avec tact, dans un « riff » de violon, une percussion maligne, mais en aucun cas on sent qu’il n’a voulu faire un ersatz, et cela ne donne que plus de valeur au travail accompli. Charlotte Gainsbourg chante en anglais, avec finalement une variété de couleurs vocales étonnante, passant de la voix de tête angélique à des interprétations de comédienne sur certains passages
(« Me and Jane Doe », plus affirmé). La surprenante reprise, suggérée par Beck, du
« Le Chat du café des artistes » (1970), un tube local du Québécois Jean-Pierre Ferland, est la seule tentative en français, avec
« La Collectionneuse » sur un texte d’Apollinaire.
La réussite majeure d’
IRM est d’avoir su trouver un équilibre entre le foisonnement des sonorités, cette richesse d’inspiration, et la modestie du chant de l’interprète. Aucune mièvrerie, des mélodies qui s’insinuent dans le cerveau, des ambiances boisées et cyber qui cohabitent dans la ouate, on reçoit cet album comme une confidence, évidemment totalement originale dans l’univers musical du moment.
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