Cet ouvrage posthume du très grand et sincère penseur que fut Jacques Ellul éclaire dans des termes d'autant plus forts qu'ils sont simplement et directement exprimés, les différences -voire les divergeances- fondamentales qui existent entre judéo-christianisme d'une part, et islam de l'autre. En reprenant trois thèmes essentiels des fondements des monothéismes nés au Proche Orient, qu'il nomme assez ironiquement "les trois piliers du conformisme", l'auteur démontre implacablement les différences de fond qui les séparent de façon hélas irrévocable.
Plus de 15 ans se sont écoulées depuis que Jacques Ellul a écrit ce texte, et force est de constater que son analyse correspond à la réalité non seulement du passé, mais aussi d'aujourd'hui, et explique tous les drames que la nature profonde, exclusiviste et totalitaire de l'islam, qui par ses principes meme ne peut accepter un statut complet d'etre humain pour l'Autre, suscite au long du temps.
L'argumentation de Jacques Ellul met notamment en évidence que si judaisme et christianisme signifient une relation bilatérale, ou biunivoque, entre Dieu et l'Homme, ce qui ouvre des possibilités d'évolution, de progrès, d'échanges,..., ce n'est pas le cas de l'islam, dans lequel la relation est univoque, descendante de Dieu vers l'Homme exclusivement, et pour les intégristes de plus immuable puisque révélée de façon définitive à Mohammed, et mise en forme juridique ultra détaillée et inchangeable par la sunna. Entre ces deux visions, le dialogue parait vraiment très difficile.
Ensuite, il apparait clairement que souvent les memes mots, les memes concepts (fils d'Abraham, monothéisme, religions du Livre,...) ont des contenus complétement différents en judéo-christianisme et en islam. Alors, Ellul nous met bien en garde contre le mythe d'un "dialogue" qui ne peut etre réel et sincère sans la prise en compte de ces différences qui sont capitales. Lorsqu'on voit l'acharnement de certains à vouloir coute que coute entretenir ce dialogue, sans lever les ambiguités de base avec le courage nécessaire, on se demande si c'est de la naiveté ou de la désinformation...
A noter que la préface d'Alain Besançon est elle meme une merveille de clairvoyance, de précision et d'intelligence, elle vient utilement et brillamment compléter le texte de Jacques Ellul. Bref, un livre à ne pas manquer!